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 Le port

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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeJeu 31 Mai 2012 - 16:32

Leon DoyleSuite à un voyage tumultueux, c'est avec une joie intense que Leon aperçu les premières lumière de l'Irlande : Galway. Sentant le sel, le cheveux légèrement poisseux, l'américain avait au moins le mérite de ne pas sentir le vomi, chose qui n'avait pas été garantie à cause de son amour pour la mer. De plus l'équipage n'appréciant guère les « voyageurs» . Il avait donc passé la majorité de ses journées avec ses « petits bijoux », c'est à dire les pièces détachées qu'il avait pu emmener avant de partir. Il regrettait de n'avoir pu en prendre plus, d'ailleurs...
La nuit était tombée, et l'air lui semblait sec. Plus sec qu'en mer, en tout cas. Il descendit donc avant l'équipage, qui semblait bien plus motivé qu'a son habitude. Les promesses de boissons et de filles améliorait certainement le rendement de ces marins en manque.
Mais ce qu'il pensait tout bas fut bien vite crier tout haut. A l'origine de ce phénomène, et ce malgré une faible luminosité lié au faible éclairage du port, Leon pouvait distinguer une silhouette musculeuse, sûrement un docker. Les paroles de ce dernier sous-entendait une homosexualité de l'équipage, voir une tendance à la zoophilie. En y repensant, il y avait bien un des marins qui appelait les autres avec des « mon p'tit chat », et c'était peut-être une bonne chose que l'amerloque eu passé son voyage isolé des autres.


Alors que les paroles insultantes trouvèrent écho, Leon en profita pour aller à la rencontre du dit docker, afin d'avoir des informations sur un lieu où dormir en ville. Loin d'être un ouvrier du port, il s'agissait en fait... d'une militaire ivre ? L'américain savait que les irlandais étaient des gens étranges très portés sur la boisson, mais de là a s'en rendre compte dès la première confrontation, c'est que les habitants devaient être à la hauteur de leur réputation. Il était bon de noter que l'alcool de la région avait comme conséquence d'allonger les « r », et de développer la musculature, même chez les femmes.


*Balèze ces irlandais, quand même !*


L'homme dont le costume portait une odeur « marine » s’approcha de la femme aux relents de vodka prononcés. Il engagea la parole comme il en avait l'habitude, c'est donc avec une finesse et une délicatesse inégalée qu'il prit la parole.

« Hey musclor, tu pourrais m'montrer où est l'rade l'plus proche ? »


Il fallait dire que son voyage en solitaire, couplé à la fatigue du voyage, ne l'aidait pas à articuler ni a faire attention au ton qu'il employait. Et puis, fallait bien ce mettre au niveau de ces péquenots.


Dernière édition par Leon Doyle le Ven 1 Juin 2012 - 11:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeVen 1 Juin 2012 - 7:55

Nadja Radanova-Hey musclor, tu pourrais m'montrer où est l'rade l'plus proche ?

Nadja se tourna vers l'homme qui avait eu l’outrecuidance de la déranger. Un type barbu et chevelu, d'allure un peu miteuse, sorti du bateau dont elle était justement en train d'injurier l'équipage. Déjà, quelqu'un qui l'appellait "Musclor" avait peu de chance de rencontrer une réaction amicale. Curieusement, si Nadja semblait faire tout ce qu'elle pouvait pour ne pas ressembler à une femme, elle détestait qu'on la prenne pour un homme.

-Minute, papillon ! Tu vois pas que j'suis occupée ?

Puis aux marins qui étaient toujours perchés sur leur navire.

-Où j'en étais, déjà ? Ah ouais ! Hé toi ! Oui, toi, avec ta gueule de babouin ! Tu veux que je grrrimpe sur ton vieux rrrafiot rrrouillé pourrr voirrr si t'as le cul qui va avec ?!

Pour toute réponse, l'intéressé se tourna et baissa son pantalon, dévoilant un volumineux postérieur. Nadja répliqua par un geste obscène typiquement français. Le marin s'écarta du bastingage pour retourner au boulot, lassé. Et encore un ! Il n'en restait plus que deux dans la course.

-Au fait, toi, là. T'as eu des nouvelles de ta femme, derrrnièrrrement ? Rrrien ? Même pas une lettrrre ? Norrrmal, elle est avec moi ! Et tu sais pourrrquoi ? Parrrce que moi je sais me serrrvirrr d'un savon !

L'intéressé lui fit un bras d'honneur avant de partir. Encore un de moins ! Plus qu'un. Nadja se sentait en forme, ce soir.

-Cassé ! cria-t-elle en faisant un geste ample avec le tranchant de la main.

_____________________________________

Alors que le bulldozer blond consommant dix litres d'alcool fort au kilomètre continuait son petit jeu avec les derniers marins, leon continua sa route jusqu’à la sortie du port et s’enfonça dans une ruelle sombre qui le mènerai surement quelque part, en ville...
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeSam 14 Juil 2012 - 23:21

Ivan JoansenLa sirène du bateau hurla une fois. Une très très longue fois, et bien trop fort au goût d'Ivan. Il s'appuya sur le bastingage, cracha le mégot qu'il tenait en bouche dans l'océan et alluma une nouvelle cigarette, donc il tira une bouffée avec un plaisir intense et évident.

La traversée de l'océan avait été relativement calme et il avait réussi à gagner près de deux cents livres auprès de ses camarades de chambres et de quelques membres du personnel. La plupart du temps, il n'avait même pas eu à tricher. Quoi qu'il en soit, il était plus que temps d'arriver. Son paquet ne contenait plus rien et le magasin du bateau ne proposait rien de bon à ce niveau. Et continuer à plumer les même personnes était assez peu amusant.

Ivan laissa débarquer la marchandise et les différents bagages des entrailles du bateau avant de descendre à son tour. Après tout, cela faisait presque vingt ans qu'il avait quitté Galway et y revenir, seul et sans attache, demandait une certaine solennité. Il prit donc son temps pour descendre, profitant une dernière fois de l'air marin sur le navire.

Autre motif pour ne pas se presser, il était arrivé à Galway, certes, mais il n'avait pas la moindre idée d'un endroit où se loger- ses grands- parents étaient morts de leur belle mort quelques années plus tôt- et ne se rappelait pas plus que ça la configuration de la ville.Bien sur, il finirait par tomber sur un hôtel, un motel, une auberge ou n'importe quoi du même genre, mais il n'avait pas la moindre envie de tourner en rond durant des heures avant de le trouver.

Il posa donc le pied sur la terre qui l'avait vu naître l'esprit principalement plein de questions et tournant à plein régime. Mais bon, Ivan se trouvait dans un port, non? Et, même de nuit, il y aura bien quelqu'un pour lui indiquer son chemin. Du moins l'espérait-il.

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Kain
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeDim 15 Juil 2012 - 21:57

Comme à son habitude, le vampire était en ballade dans la ville. Depuis qu’il était à Galway, de temps en temps Kain s’offrait une soirée chasse. Il cherchait un sans abris, un badaud seul et ivre trainant dans une petite ruelle sordide à se mettre sous la dent…
Mais comme à chaque fois, il n’avait pas réussis la moindre nourriture sur pattes. Enervé, le vampire avait finalement eu une idée. Si les gens étaient habitués à côtoyer des vampires dans la ville, et donc à ne pas commettre d’imprudence, peut être que les nouveaux arrivant dans cette ville n’agissaient pas avec autant de prudence…

Retrouvant son sourire carnassier, il se dirigea alors vers le port, salivant d’avance à l’idée de rencontrer un « petit nouveau ».

Aussi il fut ravi d’entendre la sirène d’un bateau, signifiant généralement sa proche arrivée. Voilà qui était de bonne augure, avec un peu de chance il trouverait sa future victime, fraichement arrivé, un peu comme s’il faisait le marché.

Et quand le vampire aperçut une silhouette sur le port, il précipita ses pas afin d’aller à l’encontre du future « fait divers ».

Il masqua cependant son sourire carnassier au profil d’un sourire bien plus innocent, alors qu’il s’approchait de l’individu.

« Bonsoir, je déduis que tu es nouveau en ville ? »

Il tendit la main de l’inconnu, un peu comme s’il était déjà son ami.

« Je me présente Kain, je suis propriétaire d’un bar, hôtel, le Bloody Valentine. »

Ainsi peut être que le nouveau penserait qu’il était en plein démarchage…
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMar 17 Juil 2012 - 18:49

Ivan JoansenKain avait, pour le moins, un physique... original. Mais, étant donné ce qu'il était, Ivan se voyait mal se permettre des commentaires à ce sujet, sans compter qu'il se trouvait face à une personne susceptible de l'aider pour régler la plupart de ses problèmes immédiats.

Le jeune homme afficha donc un sourire des plus charmants avant de répondre à son interlocuteur. Après tout, s'il possédait réellement un hôtel - et n'était donc pas un pervers violeur psychopathe étrange - un peu de sympathie pourrait lui valoir une réduction. Ou un service de meilleure qualité. Une vie à Végas a au moins l'avantage de vous habituer à jongler avec les hôtels en tout genre. On finit par y connaître des trucs.

'' Bonsoir ! Moi c'est Ivan. Je suis pas vraiment nouveau, ça fait juste longtemps que je suis parti. Vraiment longtemps. Disons donc que je reviens à la maison, en quelque sorte. Mais bon, je suppose que vous ne voulez pas vraiment entendre l'histoire de ma vie.

Vous tenez un hôtel donc? Je dois vous avouer que ça tombe plutôt bien. J'étais justement en train de me dire que je n'avais pas la moindre idée d'où je pourrais loger. Vous tombez plutôt à pic. Il y aurait moyen de vous prendre une chambre?"
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMer 18 Juil 2012 - 21:49

Le vampire jubilait, apparemment l’inconnu avait mordu à l’hameçon et déjà il s’imaginait jouer avec ses boyaux sanguinolent après avoir bien entendu bu jusqu’à plus soif…
Mais alors que le vampire souriait rien qu’en visualisant tous le carnage auquel il allait s’adonner, une odeur le fit revenir à la réalité.
Masqué par une forte odeur de tabac, certes mais reconnaissable entre mille. Le vampire trop heureux d’avoir trouvé une proie n’y avait pas fait attention, mais maintenant qu’il était suffisamment proche de lui, pas de doute… L’inconnue n’était pas un humain, mais un lycan.
Voilà que tous les beau projet de faible victime étriper, dans le sens premier du terme, dans un coin s’envolait.

« Mais bien sur, justement nous avons encore des chambres de libres, le hasard fait bien les choses… »

Finalement l’alibi du vampire allait être plus crédible que prévu, lui qui voulait approché les gens en faisant semblant de mettre des chambres a disposition allait réellement loger l’inconnu… Mais à ce moment là le vampire eu une idée.

« Et d’ailleurs pour te souhaiter bon retour dans cette ville, je te propose dinner et boisson à volonter, offert par la maison ! »

Le vampire savait pertinemment que le mélange alcool/lycan pouvait être instable, et que la soirée pourrait devenir infiniment plus amusante. Et même s’il y avait un risque de destruction de mobilier, Kain s’en fichait il avait prévu de refaire toute la décoration…

« Intéressé par mon offre ? »

De nouveau le vampire se sentait d’humeur joyeux.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeSam 21 Juil 2012 - 21:49

Ivan JoansenQuand on vous propose quelque chose gratuitement, il y a toujours un truc qui cloche derrière. Soit ce qui est proposé est franchement pourri, soit il y a une arnaque quelconque. Quoi qu'il en soit, et même en ayant cette information en tête, il fallait avouer que la proposition faire par Kain était des plus alléchantes, au sens propre comme au figuré. Hé, c'était tout de même un repas gratuit!

Ivan tendi donc la main à son interlocuteur, dans un geste internationalement reconnaissable.

" L'affaire est donc conclue, je dormirai chez toi! Après tout, un repas complet gratuit, ça ne se refuse pas. D'autant plus que tu y perds pas mal, je mange comme quinze ! Je te suis donc chez toi."

Une autre idée frappa alors Ivan, qui se demanda comment il n'y avait pas encore songé auparavant. Avec un peu de chance, il aurait non seulement le repas gratuit, mais aussi la chambre payée, par quelqu'un d'autre.

"Sinon, dans ton bar, je suppose que tu connais assez bien tes clients? Y aurait pas un ou deux joueurs dans le tas ? Je viens de Végas et je dois t'avouer que la traversée a été un peu longue sans adversaire digne de ce nom..."
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeDim 22 Juil 2012 - 22:23

Une fois que le lycan peut accepter, Kain commença à prendre la direction du bloody, ne l’écoutant que d’une oreille. Il se demandait si l’abus d’alcool aurait le même effet que sur le précédent lycan qu’il avait rencontré quelques semaines auparavant.

Finalement au lieu de chasser peut être que le vampire s’amuserait quand même ce soir. Il ne disait jamais non à une possible interaction ou altercation, surtout avec un monstre de plus de deux mètres possédant des griffes et des crocs capable de le couper en deux…

Mais alors qu’ils commencèrent à marcher, Ivan, son nouvel « ami » parla de Végas et du jeu. Ainsi le lycan était un joueur, la chose était assez intéressante…

« Tu joues au poker, ça tombe bien moi aussi, et même si je ne pense pas atteindre ton niveau, je me débrouille pas trop mal. »

Le vampire lui fit un petit sourire.


« Alors partant pour essayer de plumer le gérant de l’hôtel où tu vas dormir ? »


Le vampire rigola alors qu’ils s’engageaient dans une ruelle sombre.

la suite : http://www.hellsgate.fr/t7p90-le-lounge#5383
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeLun 14 Jan 2013 - 22:36

Dragomira VolochineDans le port il y avait des navires, près des navires, des berges, sur les berges, des bancs, sur l'un de ces bancs, une femme. Le jour tombait, mais la nuit n'était pas encore tout à fait installée. Les lueurs orangeâtres qui tachaient ça et là cieux et vaguelettes nimbaient les environs d'une atmosphère à la fois plus lourde et moins réelle qu'ailleurs dans la ville. Un navire sur le départ fit tinter quelques cloches et jaillir une fumée acre, ce qui accentua la teinte surannée et éthérée des lieux. Sans être déserts, ils étaient évités et elle n'avait guère plus vu qu'une poignée de silhouettes durant les dernières minutes depuis son banc d'élection. Le parfum des algues et des moteurs empêchait l'endroit d'être précieux et romantique, la vue des poubelles et le chant des oiseaux de mer achevaient ce tableau inégal. C'était un lieu de départ et d'arrivée, un endroit laid et poétique, plein d'espoir et de bile rejetée par des ivrognes, en somme, un salmigondis de choses opposées. Ça lui allait bien ; c'était sans doute ce qui l'avait poussée à y revenir.

Main ployée devant son visage, coin de joue appuyé sur son index, main opposée soutenant son coude, elle avait les jambes croisées et l'air pensif de celle qui ignore si elle va reprendre la mer, se jeter dans les flots ou passer la nuit à regarder les vagues mourir à ses pieds. Au juste, elle n'était ni suicidaire, ni mélancolique, ni même particulièrement affectée ; c'était surtout qu'elle ne savait encore que faire et à qui parler mais, loin de trouver la chose pesante, elle se laissait flotter. Le monde et sa gravité finiraient bien par la saisir de nouveau, en attendant, le vide la baignait et ça lui donnait bon teint. A l'instar du serpent qu'on l'avait souvent accusée d'être, elle couvait son précédent repas depuis presque une semaine et ses joues en avaient une pâleur accentuée. Son oncle l'avait toujours trouvée superbe lorsqu'elle arborait cet air maladif – certes, il était connu pour ses goûts particuliers – et c'était un hommage passant qu'elle lui rendait ainsi. Également, elle manquait d'appétit, non par dégoût, mais par absence. Elle n'avait plus son fils, elle n'avait plus son amant ignoble, qu'avait-elle encore pour lui donner l'envie d'ouvrir sa gueule noire, que ce soit pour l'emplir ou pour chanter ? Elle finirait par refleurir et commençait déjà à se sentir s'enraciner ici. Elle était encore loin de la floraison, mais son attachement nouveau à la ville montrait bien qu'elle n'était ni sèche, ni morte, ni vide. L'eau, comme le sang, devait simplement retrouver l'allant pour couler.

Elle cilla entre deux bribes de rêves mal définis, croyant avoir vu une forme infantile, un peu frêle, un peu dégingandée, qui lui rappelait son petit bonhomme qui, bientôt, serait plus grand qu'elle ; il aurait bientôt treize ans, son tout petit, son marmot, son trésor anormal et choyé. Mais ce n'était pas lui, il ne l'avait pas suivie et, grand dieu – ou grand diable – il ne l'aurait pas fallu. Avec elle comme seul repère périssait tout espoir pour son enfant d'être assez normal pour pouvoir être un peu heureux. Elle l'avait confié à une moins bonne mère, mais il le fallait : une génitrice trop enveloppante était un cocon étouffant qui n'engendrait que des monstres. Il le serait déjà bien assez. Elle cilla une seconde fois et un rien de vie anima son visage jusqu'alors nimbé d'une brume qui aurait pu paraître triste à certains et cynique pour d'autres : l'enfant, ou plutôt l'adolescent, n'était pas qu'imaginaire, mais il lui semblait surtout que c'était une jeune fille. Son gamin était un peu trop frêle et un peu trop élégant pour être viril, chose qui inquiétait son père, parfois, mais qui ne l'avait jamais souciée, elle. Son petit n'avait pas à être parfait, il était son fils, et ce statut suffisait.

La fille approchait, par hasard, peut-être. La russe était immobile et la presque enfant ne regardait pas tellement dans sa direction. Les quais, peu encombrés de gens mais somme toute assez empêtrés de caisses et de cartons variés, étaient un paysage où différencier un homme immobile – ou un cadavre, lui fit songer un recoin de son esprit – d'un objet plus anodin n'était pas évident. Elle regretta soudain de ne pas fumer plus régulièrement, pour avoir quelque chose à demander à la silhouette mouvante – mais enfin, c'était une enfant, au moins une mineure. Qui irait supposer ainsi qu'une demoiselle de cette âge fumerait déjà ? Elle songea un instant à ce à quoi elle occupait ses jours, elle, à treize ans. De quoi faire rougir un défroqué. Elle se leva toutefois, se sentant un peu lourde, ce qui lui fit froncer vaguement les sourcils. Après avoir drapé son manteau – une ample chose de satin et de laine mêlés, à la fois élégant et décalé, qui était entre le peignoir raffiné et la mante militaire – avant d'avancer vers l'objet de ses pensées. Elle trouva ses lèvres sèches et sa langue pataude alors qu'elle souffla vers l'adolescente.

    « Bonsoir, jeune fille. Est-ce que je peux vous demander quelques instants ? »

Sa voix, contrairement à ce que ses oreilles en entendaient, restait chaude, sucrée, crémeuse même ; son minois de madone esquissée montrait un sourire distant et un regard un rien trop fixe. Pourquoi elle, pourquoi maintenant ? Peut-être était-ce l'âge de la petite, peut-être était-ce qu'elle s'était aperçue qu'elle avait faim, ou qu'elle n'avait pas encore parlé à âme qui vive, n'ayant que hoché la tête au tenancier de son hôtel avant d'avancer en silence l'argent ; peut-être rien de tout cela. Le jour mourait, le bateau partait vers un endroit inconnu, elle avait eu envie de parler. Peu importait.


Dernière édition par Dragomira Volochine le Mar 15 Jan 2013 - 13:16, édité 1 fois
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Kelly
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMar 15 Jan 2013 - 12:12

Ah ! Le port ! Lieu de tout les détritus après l'éden à fange qu'était la décharge. Beaucoup moins intéressant il fallait bien l'avouer. Les seules choses notables que l'on pouvait y trouver étaient une forme indistincte, chaire presque refroidie à jupe retroussé, du gibier à violence. Elle n'avait jamais vu une de ces victimes de ses propres yeux et pourtant le port n'était pas si loin du QS, mais les statistiques qu'elle avait consultés par intérêt du nombre étaient éloquentes, assez pour lui insuffler tout un tas de récits hitchcockiens dans sa petite tête pensante dont la psyché et l'intellect présentaient un âge mental de simultanément 3, 16 et 45 ans.

Toujours est-il que le port lui apportait, les rares fois où elle y passait, sa petite touche de nostalgie. Rien avoir avec le cadre pittoresque Amsterdam/chenil ni la salinité goudronné de l'air ; rien à voir non plus avec une véritable nostalgie au sens humain, au sens mortel du terme, ni même au sens déviant. C'était plutôt des diapositives qui explosaient dans ses circonvolutions, il n'y avait rien de sentimental, les nerfs jouaient à la centrale nucléaire. En des moments comme celui-ci, il y avait fort à parier qu'à brancher une batterie de tracteur sur la petite, c'était le tracteur qui démarrait. Mais Kelly ne s'en faisait pas, il n'y avait personne sur les quais la nuit, tout du moins, personne qui ne soit un violeur ou un vampire de bas étage ; et elle savait comment les tuer rapidement et proprement.

Mais voilà, le destin avait prit la Pistache en grippe. Au vu des derniers évènements, il était même bien possible qu'il l'eût prit en malaria. Une silhouette, se trouvait assise sur un banc non loin de l'eau, avec une vue imprenable sur la scène.
Claquage avec le creux des mains au niveau des oreilles pour désorienter, frapper les yeux.

Dans la présente, Kelly n'avait pas grande envie d'être vu ni de s'attarder. Elle traînait sa glacière, pensant que si sa cible n'était pas un foutu vétéran se levant à six heures du matin pour manger du pâté (de production locale uniquement) en vociférant - faisant fit de toute notion de respect du voisinage, c'est ce qui faisait le charme de ce quartier - envers la boîte à image à chaque fois qu'un individu basané apparaissait comme certain boivent un verre à chaque fois qu'un élément redondant d'une production télévisuelle se présente à eux, elle aurait put se promener dans les rues bien plus tard. Quand tout le monde sortait des bars et que les créatures de la nuit étaient officiellement en chasse, c'était le moment parfait, il fallait connaître les bonnes ruelles, et on ne croisait personne. Malheureusement pour elle, Kelly se trouvait dans une zone non couverte par les souterrains de l'Undertown.

Tout était donc chronométré, il ne fallait pas qu'elle ralentisse trop, ni qu'elle s'arrête trop longtemps. Au vu de la fréquentation de qualité plutôt discount de ces lieux, elle avait calculé une marge d'une demi heure au cas où on attenterait à ses jours. Ici, il était facile de faire disparaître un corps rapidement. Le port était un tel bordel qu'elle ne craignait pas qu'on remonte jusqu'à elle. La police avait un seuil de cadavre à ne pas dépasser, en deçà, un malheureux corps était un malheureux corps et non une victime de Miss Carnage. Mais il y avait cette silhouette qui était là, qui semblait attendre quelque chose, l'imagination se mettait en marche ; on n'était plus très loin du fantasme à légende urbaine et au loin les yeux semblaient briller d'un éclat démoniaque. Kelly ne connaissait pas la peur, elle était comme un nouveau continent pré-11 septembre : invincible. Cette ombre n'était pas un prédateur, c'était un point noir potentiel.
Passer sous les jambes, écorcher les ligaments collatéraux latéraux, coup de genoux au dessus du sacrum.

Et puis il y avait aussi la toute relativité de ses jouets. Kelly, mettait toujours un point d'honneur à innover, par honneur il faut entendre de l'amusement. Utiliser toujours les mêmes moyens, c'était sacrifier le fun à l'efficace, c'était tellement anti-pistachéen. Mais elle n'était pas sûre que la glacière à roulettes qu'elle traînait derrière elle comme un cartable ne soit toujours alimenté. Il suffisait d'un petit court circuit pour que la glace ne se mette à fondre et que les spores se dégagent, ou que l'incubateur ne meurt. Il y avait aussi l’obsolescence du matériel qu'elle avait utilisé, presque toujours provenant de la décharge, lorsqu'il n'était pas volé. Et il y avait cette personne qui s'avançait timidement vers elle.
Mains non directrice sur la bouche, pencher la tête en arrière, pencher la tête sur le côté à 45° pour dégager la trachée.

Pourtant Kelly s'était débrouillée pour ne pas attirer l'attention, elle avait marché un peu au milieu de la large voie - sur le côté ou trop en retrait aurait parut suspect -, elle n'avait pas trop portée son regard sur elle ni trop peu pour ne pas avoir l'air de l'ignorer de crainte, elle n'avait pas émise de sifflotements ou un quelconque air bucolique et léger. Elle s'était fondue dans la plus grande neutralité possible. Mais quelle neutralité, seule au milieu des pavés souillés ?
De préférence, utiliser un couteau denté, longueur de lame minimum : 9 cm. Un seul côté aiguisé nécessaire, tenir avec la main directrice.

Maintenant qu'elle l'observait, elle remarquait qu'il s'agissait d'une jeune femme, tout du moins en avait-elle l'air, il était difficile de lui donner un âge. Une rapide analyse de ses proportions lui donnaient un résultat qui n'allait pas avec son faciès. Elle écarta les problèmes d'alcools, ataviques tout du moins, et pencha plutôt vers un dérèglement hormonal - plus particulièrement génital - ou un problème psychiatrique, voir les deux. De toute évidence, il ne s'agissait pas d'un vampire ou d'un lycan. Soit elle était inconsciente, auquel cas Kelly ne saurait se sentir intéressée envers cette personne, soit il s'agissait d'une chaste apparence cachant de redoutables moyens de défenses, auquel cas l'imagination de la jeune fille commencerait déjà à se mettre en branle (même dans le cas contraire, en fait). Mais elle était forcé d'admettre une forme d'élégance, apparaissant péremptoire mais confinant à l'absence d'un quelque chose de trop imprécis pour être défini.
Angle de pénétration de -45°, côté non tranchant vers soi. Pencher légèrement la victime en avant de 15° à 20°.

Kelly s'arrêta, elle était droite, d'une immobilité absolument parfaite, le regard neutre à l'inhumanité, ni sourire ni moue, sa bouche n'existait que par nécessité, quand à ses yeux, ils fixaient l'individu ; et la vision périphérique s'affolait dans l'ébullition du silence. Une fois à porté de voix, tout du moins de voix correcte, la femme s'adressa à elle :

"Bonsoir, jeune fille. Est-ce que je peux vous demander quelques instants ?"
Réaliser une incision descendante en scie ; partir de sous le col de la mandibule jusqu'à la clavicule. Préférence pour les droitiers qui ont accès à la jugulaire interne plus facilement.
"Vous me demandez si vous pouvez me demandez quelque chose."

Kelly était curieuse de savoir en quoi ces fameux instants seraient employés, mais elle avait peut être une idée quant à l'utilisation qu'elle pourrait avoir de cette beauté flegmatique.

_________________
Un crayon Titi ça donne du courage, tu t'sens moins seul, ça t'donne envie d'tous les niquer une bonne fois pour toute. Ça t'donne envie d'les trainer dans la boue, à base de crayon Titi !
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeJeu 17 Jan 2013 - 21:16

Dragomira VolochineUn visage indifférent et un regard insondable : elle avait déjà vu cette expression sur le visage d'un enfant. Elle l'avait vue tous les jours à vrai dire, auprès de ce petit monstre qu'elle avait mis au monde. Instinctivement, la jeune femme reprit la posture qu'elle avait toujours eue quand son fils montrait cet air plus fermé qu'une prison fédérale. Épaules arrondies pour laisser entendre la décontraction, mais cou droit pour ne pas souffler la soumission, corps légèrement de biais, ni trop en face – c'est agressif – ni trop de côté – c'est fuyant. La remarque de l'adolescente marqua ses lèvres d'une touche d'ironie qu'elle ne lui cacha pas.

    « Je suppose que ça vaut pour un petit oui. »

Ses lèvres se détendirent et son regard passa, un bref instant, sur le paysage qui s'offrait au dessus de l'épaule de l'enfant. Peut-être – sans doute – avait-elle beaucoup trop couché son petit, mais l'attitude de la jeune fille à laquelle elle s'adressait l'avait piquée d'un brin de nostalgie et la pensée fugace, et terriblement classique, qu'une personne de cet âge ne devrait pas se promener seule dans un lieu et à une heure pareils la traversa. Mais, au final, si ce genre d'interdit prévalait pour son fils, c'était d'abord et surtout parce que son petit aurait été incapable encore de tant d'indépendance. Il avait fugué des milliers de fois, mais c'était toujours en lui-même. Dragomira considéra de nouveau l'adolescente et, que ce soit du à son allure beaucoup plus brouillonne que son marmot ou son embryon de féminité, elle ne lui trouva plus guère de points communs avec la chair de sa chair. Sur le même ton brumeux que précédemment, mais avec un air finement chafouin et sans doute un peu étrange, elle ajouta.

    « Au juste, je suis de passage. J'aurais simplement aimé savoir si vous connaissiez un bon hôtel, un bon quartier, quelque chose à voir. »

Ce n'était pas réellement un mensonge. Elle ne comptait pas partir, mais elle considérait les êtres et les âmes comme de passage, quoiqu'il arrive. Poussière à poussière, chacun être n'était finalement qu'éphémère.

    « Je suppose que vous êtes une habituée des lieux. »

Elle avait glissé ces mots en même temps qu'un regard sur la glacière que la demoiselle transportait. C'était particulier, mais, soit. Peut-être avait-elle pêché, peut-être amenait-elle quelque chose à mère-grand, telle un petit chaperon plein de suie traversant une foret de débris et de soiffards. C'était mignon, comme image, mais un petit quelque chose lui disait que ce n'était sans doute pas aussi innocent que ça – quand bien même ce qu'elle avait cru deviner derrière la fable n'avait jamais été autre chose que coupable. La russe se décala légèrement vers l'arrière, ouvrant le passage sans toutefois le libérer entièrement. Elle montrait que la jeune fille pouvait poursuivre sa route, mais aussi qu'elle ferait probablement quelques pas avec elle. Un navire fit de nouveau tinter sa cloche et, quelque part au loin, quelqu'un cria – sans doute un des dockers qui entamait une rixe, à quelques rues de là. La soirée commençait à sentir la vie et l'essence.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeVen 18 Jan 2013 - 10:08

C'était une étrangère ; une de celles qui semblaient apatrides plus que d'une autre nationalité. Elle avait un anglais dont on jurerait qu'il ne venait de nulle part. Il était faiblement teinté d'américain, tout comme le serait la veste d'un touriste qui y aurait mangé une spécialité lipidique, mais cet accent n'en était pas un. C'était l'impression à chaud d'une longue pratique avec des natifs. Rien à voir avec l'accent maternel. Elle en déduisit un séjour dans un pays anglophone, très probablement les Etats-Unis.

La femme en question - car il s'agissait bien d'une femme en forme de point d'interrogation pour Kelly, comme toutes les femmes de Galway - s'adressa à elle, empruntant une pose pour le moins diplomatique. Dommage que la Pistache qui lui faisait face ne fût pas un enfant mais une aberration. Cependant, ladite aberration aimait beaucoup observer ; elle aimait le jeu de l'analyse, elle aimait le jeu de la manipulation, elle aimait toutes sortes de jeu mais pratiquait peu ceux de son âge. Elle en déduisit une familiarité avec les enfants en bas âge, sans doute des connaissances en psychologie du comportement.

Lorsque Dragomira lui répondit, Kelly leva la main et joignit ostensiblement son index et son pouce pour restituer tout son sens et toute son importance au terme 'petit'. Un sourire espiègle contrebalança le gênant de son geste et relativisa le rejet. Il n'était plus question de faire comprendre à la russe que son intervention était importune mais que la disponibilité de son interlocutrice ne serait pas illimité. Et puisqu'elle semblait savoir y faire avec les enfants ; et que, de toute évidence, elle la prenait - comme tout le monde - pour plus jeune qu'elle ne l'était en réalité, elle accentua la manoeuvre en jouant des hanches pour accompagner son geste, se tortillant plus que se pliant sur le côté, souvent considéré comme charmant et innocent lorsqu'il s'agissait d'une fille. Son accoutrement n'était pas des plus adaptés pour la signaler en tant que membre de la gente féminine (même en devenir).

"Au juste, je suis de passage. J'aurais simplement aimé savoir si vous connaissiez un bon hôtel, un bon quartier, quelque chose à voir. Je suppose que vous êtes une habituée des lieux."
Bien sûr qu'elle n'était que de passage ; quelque femme que ce soit, habillée de la sorte, traînant à une heure pareille dans un pareil lieu était soit trop redoutable pour ne pas finir exterminé par Andrea soit trop peu pour ne pas finir exterminé par tout un chacun.
Pour ça part, Kelly n'était pas concerné par la mort des autres... Lorsqu'elle ne la provoquait pas tout du moins.

La femme se décala et la jeune lycanne avança à pas moins précipités que précédemment, côte à côte avec une nouvelle donnée dans sa mission. Comment employer un illustre inconnu dans un accident orchestré ? En se posant la question, elle remarqua qu'il pouvait être impressionnant à quel point le mot 'accident' était susceptible de recouvrir une large sémantique.
Accident.
Un simple court circuit du commutateur et les quais verraient joyeusement partir deux futurs cadavres. Le seul espoir résidait dans la qualité de l'isolation hermétique et thermique du dispositif électrique qu'elle avait mise au point pour réalimenter la glacière plus efficacement. Mais maintenant qu'elle était accompagnée, elle ne pouvait tout bonnement pas se permettre de trafiquer le réservoir sous les yeux de la jeune femme. Qu'à cela ne tienne, elle trouverait bien une excuse ; elle avait le baratin redoutable.

"Si j'connais Galway ? Ah ça oui ! J'habite ici depuis toujours, je vis plus haut prêt des docks avec mon papi. Je dois passer chez lui pour mettre ses bières au frais, mais si tu veux après je t'accompagne dans un hôtel. En fait, il n'y a pas beaucoup de choix d'hôtel dans cette ville parce que les gens n'aiment pas y venir depuis l'incendie. Mais t'inquiètes pas j'connais la ville comme ma poche ! Au fait, moi c'est Zoe, et toi ?"
En y pensant, un don anonyme de bières n'aurait pas été une mauvaise technique, mais Kelly se doutait que la paranoïa du vétéran serait plus forte que son ivrognerie. De toute façon, elle avait maintenant un bouc-émissaire.

_________________
Un crayon Titi ça donne du courage, tu t'sens moins seul, ça t'donne envie d'tous les niquer une bonne fois pour toute. Ça t'donne envie d'les trainer dans la boue, à base de crayon Titi !
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeLun 21 Jan 2013 - 9:24

RayzeelPar une nuit nuageuse, la pâle lueur de la lune dessine les traits d’une silhouette dans le paysage portuaire. Soutenue par les lointains réverbères, l'aspect d'une créature féminine se révèle aux reflets des remous nocturnes de la mer celtique. Encapuchonnée, le visage au menton levé vers un énorme cargo, l'ombre prend vie. De lents mouvements voilés de noir, la silhouette prend le pas sur les docks. L'éclaircie d'un regard comme un phare, ne peut que rappeler la froideur des hivers des pays de l'est… Elle s'avance.

Devant elle, la ville naissante de Galway s’offrait à sa vue. Nue et mystérieuse, allongée dans son tapis de lumières, la belle cité s'étirait dans les draps de la nuit. Se perdant de temps à autre dans l’obscurité du ciel, la silhouette marque quelques arrêts. De longs soupirs d'expiration s'enfuirent entre ses lèvres ; suivis d’un pied traînant contre le béton. La brume de ses pensées fragilisait ses jambes. Elle faisait ses premiers pas... Les premiers bredouillages d'une enfant, hésitante face à l'aube d'une nouvelle vie.

Le vent remuait le métal de l'endroit, dans un cliquetis de chaînes inquiétant. Une ville insoumise, dont les fers vides de tout esclave étaient abandonnés sur le port. De hauts bateaux et entrepôts bordaient les docks, comme autant de sentinelles... Des matons encadrant le couloir de la mort ou une sortie de prison. Le cœur réjoui d'enlacer sa liberté, la belle donne plus d'entrain au rythme de sa marche.

La nuit était fraîche et chargée en humidité ; sans doute avait-il dû pleuvoir en fin d'après-midi, et l'air chargé d'embruns rapportait les fragrances salées d'un océan perdu. Fouettée par les bourrages, la sérénité de la silhouette était mise à mal l'obligeant à se mettre à l'abri dans les entrailles urbaines. Elle progresse à la rencontre des rues...
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMar 22 Jan 2013 - 22:34

Dragomira VolochineLe geste de « rejet » de l'enfant passa sur elle comme une pluie sur une vitre : elle ne tacha pas son expression, elle n'atteignit rien en profondeur. Rares étaient les signes de dédain ou de désaffection qui étaient capable de la toucher, ou même de l'importuner ; peut-être était-ce parce qu'elle avait trop de confiance en elle pour les considérer comme autre chose que des informations, peut-être était-ce plutôt qu'elle n'avait pas assez conscience d'elle-même pour que ça ne touche autre chose que du creux dans son esprit. Peu importait. La gamine minaudait, ensuite, et la russe entrouvrit les lèvres avec un soupçon d'amusement. Beaucoup auraient trouvé cette exagération de l'attitude féminine plutôt mignon, enfantin, innocent ; pas elle. Cette séduction enfantine avait été sa manière de se nourrir, au temps pas si éloigné que ça de son enfance – elle en avait soupé, des mimiques mignardes et des soupirs calculés. La jeune fille en face d'elle faisait exactement la même chose, elle tentait de l'amadouer. C'était humain, et ça n'avait absolument rien d'inquiétant, par ailleurs. Sans doute cette minette montrait le ventre pour avoir un peu de fromage, peut-être se sentait-elle seule, peut-être voulait-elle endormir sa méfiance pour lui faire ensuite les poches. La femme de mercure emboîta le pas de l'enfant de bitume, sans se raidir par avance, mais quelque part peut-être – peut-être – il y avait dans son regard puissant une teinte d'amusement et de reconnaissance. Les femmes restaient des femmes, et même jeunes, la manipulation était - pour Dragomira du moins - leur arme principale. On ne se déplace pas seule et sans arme dans une ville peuplée d'hommes.

Le pas lent lui convenait, elle ne le pressa en rien. Sa démarche, à l'instar de son allure, était brumeuse, toutefois appuyée ; la glacière que tenait la petite semblait un peu lourde, mais elle la portait fièrement. La russe n'était pas parfaitement idiote, elle ne lui proposa pas de l'en débarrasser – même si elle eut l'idée saugrenue et passante de le faire, simplement pour la jeter à l'eau et voir l'adolescente en geindre, comme ça, pour s'amuser – puisqu'elle était une inconnue, et l'autre manifestement mineure. Beaucoup de gens pourraient trouver la chose suspecte et elle n'avait pas envie d'attirer l’attention, pas tout de suite du moins, bien que ce fut sans doute une prudence excessive. Ce n'était pas comme si les polices communiquaient beaucoup, elle n'était pas non plus coupables d'actes la rendant prioritairement recherchée – des faits abominables certes, oui, mais ils tenaient de la morale, et entre la morale divine et la loi des hommes, il y avait le gouffre du pragmatisme. Dragomira avait surtout l'envie de laisser celle qu'elle avait été dans l'incendie qu'elle avait provoqué, pour renaître autrement que comme un spectre esseulé. Elle hocha la tête à demi, lorsque celle qui se présenta comme Zoé commença à lui parler de son grand père, de bières et d’hôtels à lui montrer, elle sourit manifestement davantage à l'évocation du feu, et glissa.

    « Ah, ça a brûlé, ici. Tiens. »

Elle était pensive, son ton était d'autant plus appuyé que son accent bâtard, tenant de partout, donc venant de nulle part, en était renforcé ; toutefois, elle poursuivit, d'une voix plus claire. C'était la mère qui parlait.

    « Je ne vais pas te traîner dans les rues trop tard. Dis-moi juste les noms, les rues et ce qui vaut le détour, tu seras déjà bien assez brave. Je me demande ce qu'il y a de beau à voir. »

Brave, pas gentille, la nuance, bien que pouvant passer pour une simple formulation maniérée, était de taille. Fi du vouvoiement, également, l'enfant l'ayant abandonné et elle-même ayant été trop américanisée pour lui donner une véritable teneur. Elle conclut.

    « Tu peux m'appeler Maria. »

Pourquoi mentir – pourquoi ne pas le faire ? C'était une manie qu'elle avait depuis qu'elle s'était piquée de sortir les soirs, pour rendre son oncle plus fou encore qu'il ne l'était – il était d'une jalousie crasse et, si elle n'avait jamais connu d'autres hommes, le simple fait qu'elle aurait pu ne pas lui réserver l'exclusivité de sa peau le faisait écumer. Elle ne leur avait jamais avoué son véritable nom. Ça aussi, c'était réservé.

Accompagner l'enfant chez son grand père, pour des bières, ça lui rappelait encore une version moderne, donc tordue, de la fable à laquelle elle avait songé quelques instants plus tôt. Mais alors, qui était le loup ? Était-elle la mère confiant du beurre ou celle qui traînerait la chaperonnée de rouge en dehors des sentiers battus – ici, bitumés ? Elle ne répondit pas en elle-même, pas plus qu'elle ne chercha à meubler la conversation si l'adolescence ne relevait pas ses dires. Une rue fut passée, l'odeur des algues et de la vase s'atténua d'un rien pour se nimber d'un quelque chose de ferrique et de poussiéreux. La brume était plus épaisse, sans doute parce que le vent s'engouffrait moins aisément dans les ruelles. Adieu vaguelettes, bonsoir silhouette ; une femme s'avançait en face d'elles. Sans doute ne faisait-elle, également, qu'offrir son errance à ces dédales dévoués aux passages des navires et du temps. Elle avait quelque chose de volontaire dans sa façon de marcher, mais de trop lent pour avoir un but particulier. C'était amusant – c'était peut-être le loup auquel elle avait songé, ou bien tout autre chose. La russe lui sourit, à la dérobée, sans lui cacher le regard qu'elle lui portait. Elle trouva qu'elle avait de beaux yeux, bleus et profonds, comme les siens, et elle avait assez d'orgueil pour l'avoir remarqué en premier lieu, et très vite – il fallait avouer qu'ils étaient spectaculaires.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMer 23 Jan 2013 - 18:13

RayzeelLa Silhouette était perdue dans l'obscurité des quais, presque volontairement. Elle n'avait en tête qu'un lieu pour crécher, en attendant mieux. L'errance dans le mouvement, elle s'attendait peut être à quelques fantômes pour échanger un regard ou un lieu de perdition pour simuler la débauche humaine alcool en bouche... Elle avait la nuit pour s'acclimater. Mais en attendant mieux, elle s'attendait au pire. La paranoïa du vampire dans le sang et dans les sens, elle eut comme premier reflexe d'éteindre la lumière de ses yeux dans l'ombre de sa capuche.

Le loup n'est plus si prédateur en milieu urbain ; Le masque n'est plus le même pour chasser, les crocs bien moins visibles. Saisie à la gorge par le trac, la bête traquée se montre d’une vigilance exacerbée. Elle scrutait le monde autour d’elle, humait les veines de la ville… Avec la légère inquiétude d'avoir troqué un enfer pour un autre, avoir fui son maître de servage pour offrir son corps à un autre.

Rayzeel venait de croiser pourtant des présences, aptes à l'apaiser. Le parfum et la vision du passé, arpentaient le trottoir. Elle vit l'enfant qu'elle fut, craintive et barbotant dans son océan de cauchemars... Elle vit la jeune femme qu'elle fut, farouche et charmant la mort pour un baiser. Elle était elles. Elle n'est plus... Désormais jeune orpheline, voleuse de vie et mère des sinistres vouivres.

Le temps n'est qu'un serpent qui se mord la queue. Une langue fourchue qui entretient la fraicheur des blessures, lapant le vice pour faire jouir les souvenirs. L'immortalité savait supplicier ses victimes dans un interminable cycle. Si bien, que ces souffre-douleurs pouvaient en trouver du plaisir.
La vampire ne put retenir un sourire. Si la situation pouvait aliéner la politesse en inquiétant trouble, le masque de bonne humeur n'en était pas un. Elle était sincère, dans l'esquisse de ses lèvres, de cette simple amabilité.

Le dos légèrement vouté, ses doigts gantés et gainés dans ses poches, elle passe son chemin. Effleurant leurs présences, un petit tourbillon d'air trahit la présence d'une mèche brune en rébellion avec son couvre-chef. Et dans ce bref instant, la clarté céleste de son regard chatoie de nouveau...
Le spectre lumineux de sa vision pouvait graver sa trace, comme cette marque persistante d'aveuglement malgré les yeux fermés. Le face à face devient un dos à dos en quelques pas. Elles qui semblaient être... Ne sont plus. Sa crainte se fit plus vive de cette soudaine absence et Rayzeel s'immobilisa.

Sa tête se lève légèrement. Son étrange pétrification tient de la brutalité du coup de poignard ; Suffisamment pour imposer le silence de sa marche en suspension à la symphonie nocturne ; musique noctambule de la fourmilière irlandaise. Sa nuque la démange, et elle ne peut s’empêcher de la masser. Et pour accompagner sa volonté de soulagement, son visage se tourne vers les passantes.

La jeune mère et l'enfant, ou ces deux soeurs étaient toute autre. Elles n'étaient pas les chimères de sa clairvoyance de vampire hantée. Les fantômes s'amusaient encore avec ses nerfs. Non... Elles n'étaient pas un vestige de son passé, ni des ruines dépoussiérées dans sa flânerie. Non... Elles étaient des cadavres en devenir, mortelles et anormalement en promenade à une heure aussi critique pour la gent féminine. Rayzeel n'arborait plus aucun sourire... Juste le reflet de son malaise en les dévisageant.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeJeu 24 Jan 2013 - 13:52

L'imprévu était un monstre qui faisait de Kelly un être éolien. L'appât du jeu, auquel elle s'adonnait invariablement sans défense, la défenestrerait qu'elle n'en renierait pas pour autant le plaisir. C'est qu'elle rejetait la douleur et le danger comme des variables causales, alors que les conséquences étaient affaire d'humains, voire plus largement affaire d'être étrangers à son ego. Si elle souffrait, c'était parce qu'il existait quelque chose de mauvais qui lui infligeait les maux dont elle devait détruire la source, sans aucune forme de jugement. Voilà pourquoi les plan de Miss Carnage n'étaient jamais parfaits. Voilà pourquoi s'engager dans une de ses aventures, c'était comme parier ses membres au tiercer.

"- Ah, ça a brûlé, ici. Tiens.
- Un peu que ça a brûlé ! Dante se serait retourné dans sa tombe tellement ça cramait de partout !1 Et les gens tout prêt du parc ils étaient genre "Oh non, ça va venir jusqu'à nous avec le vent !" et mon papi il était genre "Tu sors pas aujourd'hui sinon les jeunes vont en profiter pour te faire les poches. Ils font toujours ça ces ptits cons quand il y a du grabuge quelque part !" Et moi je me demandait c'était qui qui avait fait ça, mais on l'a jamais su.
"

Le moindre élément extérieur en présence d'une Pistache se transformait en brasier, se propageait, changeait tout ce qui était prévu. Il avait fallut qu'une jeune femme d'origine russe, errant au suicide sur les pavés portuaires, pointe le bout de son joli minois avec la sollicitation la plus désintéressé (l'était-elle tout du moins en apparence jusque là), pour qu'un meurtre se transforme en complot alambiqué. Maintenant, il était sur le point de devenir un gloubi-boulga de dionysiaques à problèmes.
Surgissant lentement d'ente les ténèbres, un jerrycan à capuche musardait fugitivement. Kelly voulut voir ce qu'il en serait si elle faisait ça...

Une lame glissa discrètement de sa manche ; sans qu'elle n'eut à prononcer aucun mouvement, elle s'entailla légèrement la main et d'une chiquenaude, propagea un appeau vermillon dans l'air. Les vapeurs donnaient faim à Kelly elle-même. En tant que membre de la race lupine, elle avait toujours faim, mais, exception confirmant la règle oblige, le glucose avait bien plus d'emprise sur la jeune fille que l'hémoglobine. Cela dit, ses narines frémirent de spasmes délicieux. Elle ne doutait que l'appétit de la vampire se réveillerait et elle escomptait bien déterminer qui d'une femme humaine ou d'une lycanne toute juvénile ferait la plus abordable victime. Elle était curieuse du calcul que ferait cette représentante des mânes de Galway.

"- Je ne vais pas te traîner dans les rues trop tard. Dis-moi juste les noms, les rues et ce qui vaut le détour, tu seras déjà bien assez brave. Je me demande ce qu'il y a de beau à voir.
- Okay, comme vous voulez. Mais dans ce cas je vous conseil d'appeler un taxis. Mon papi il dit toujours : "Chez les bougnoules, les femmes sortent en voiles, ici elles doivent sortir en taxis, sinon des pas des cailloux qu'elles reçoivent, c'est pire !". Mais il a jamais voulut me dire c'était quoi. Bon, après, je suis pas bête, je sais qu'il parlait, genre, des tueurs en série et tout ça. Enfin je crois.
"

Elle ne faisait cependant pas de mauvais sang2 quand à sa pauvre personne. Elle avait une folle agilité pour elle, et son arsenal était à porté de main, dans des plis replis de ses vêtements. Il y en avait même pour tout les goûts et bien qu'elle n'eut pensé à prendre des munitions en argent-zinc, elle n'était pas en reste pour ce qui était de faire de dangereux trous pas très naturels dans un corps, fut-il déjà mort. Intérieurement, elle espérait que les choses tournent mal pour sa camarade de promenade. Elle n'avait jamais vraiment vu d'humain se faire drainer par un suceur de sang, arrivant toujours avant ou après, et elle pensait la chose plutôt amusante à regarder - elle même déçue de son amnésie cyclique.

"Tu peux m'appeler Maria." Elle mentait trop bien pour que Kelly ne soupçonne quoi que ce soit.
*Maria Fawls, étranglé par son mari, 2001 ; Maria Osbud, 58 Clarkson street, accident de voiture, 2004 ; Maria Fellicia, septicémie, 2004 ; Maria x, dévoré par un chien, 2004 ; Maria Walter, enlevé, brûlé au troisième degré attachée à un radiateur, inanition, 2008...*

Il faut sur ce point la comprendre : le tourment d'autrui ne lui procurait aucun plaisir, elle en était en tout points indifférent. Une personne pouvait brûler vive face à elle, quand bien même elle lui porterait ce qui pourrait être défini par une personnes saine mentalement comme un intarissable flot d'amour, elle ne retirerait absolument aucune peine de cette vision. Seules étaient possibles la contrariété ainsi que la douleur physique chez cette créature né des entrailles d'un démon rose fluo. Elle éprouvait juste un profond intérêt relevant de la distraction et de la curiosité pour le spectacle d'une personne dévoré vivante.
Les enfants frémissaient de bonheur devant une lionne chassant une antilope.

"Alors je vous dessinerai un plan parce que je sais pas très bien expliquer comme ça."



1. Insérez pléthores d'onomatopées + gestes pour simuler d'énormes flammes ici.
2. Jeu de mots pourri : check.

_________________
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeSam 26 Jan 2013 - 21:26

Dragomira VolochineL'adolescente devenait loquace, la femme devenait plus taciturne ; toutefois, le visage de Dragomira montrait quelque chose de plus amène, pas réellement bienveillant – en serait-elle réellement capable un jour – mais d'au moins légèrement attendri. Elle avait gardé de l'enfance la cruauté tranquille de ces bambins pouvant sincèrement aimer une chose ou un animal, sans pour autant frémir de le briser ou de le détruire, et si les traits de la russe apparaissaient angéliques dans la pénombre avec leur touche de candeur, la pointe d'affection qu'elle commençait à concevoir pour sa guide miniature n'en était pas pour autant un lien, ni une entrave à quoi que ce soit. Elle hocha la tête, gardant pour elle les informations données : un grand incendie dans un parc, une gosse qui connaissait les enfers de Dante, une criminalité semblant installée et un mystère quant à un feu volontaire. Quelque part, elle trouvait ça ironique, de se retrouver par hasard dans une ville marquée par l'acte le plus violent et le plus franc qu'elle n'ai jamais accompli, et qu'elle ne recommencerait probablement pas. Toute cette brutalité dans les flammes ne l'avait enthousiasmée en rien. Mais la ville était balafrée comme elle avait elle-même balafré sa vie précédente. C'était un clin d'oeil. C'était... Mignon.

La gosse remua le bras au moment où elles croisèrent la femme aux beaux yeux et au léger sourire, mais Dragomira ne le vit que du coin de l’œil, puisqu'elle contemplait le pli de lèvres de la femme encapuchonnée – et n'y prit pas plus garde qu'à un autre geste inutile, que tous les êtres vivants faisaient à intervalles réguliers. Le sang ne l'appela en rien et les gouttes égarées tombèrent sur un pavé trop noir pour que ses iris s'y accrochent. Elle-même rajusta sa chevelure, que l'humidité rendait folle et qui moussait autour de son visage dans une auréole brouillonne, emperlée de toutes petites gouttes, que les rares réverbères faisaient luire. La gosse continua ; elle lui conseillait de ne pas marcher de nuit et de préférer un taxi. Elle confirmait ses légers soupçons quant à une criminalité peut-être plus poussée ici qu'ailleurs, bien que ce puisse être seulement une précaution donnée par un aïeul paranoïaque et répété par une descendante docile. La femme, derrière elles, s'était arrêtée dans sa marche ; le son – l'absence de continuité dans le son – s'agrippa aux oreilles de Dragomira et força sa tête à se tourner. Elle n'en avait que rarement l'air, mais elle était attentive à tout et, prudente de nature, bien qu'inconsciente de beaucoup de choses, elle voulut veiller à la raison de cette suspension.

Son pas se suspendit de même. La femme, sous sa capuche – peut-être était-ce elle, plutôt, le petit chaperon, la mère et l'enfant seraient alors un bien étrange loup bicéphale – grimaçait en manifestant un dérangement assez vif, de la désapprobation peut-être, de l'appréhension surtout. A demi retournée, les lèvres entrouvertes et l'expression redevenue aussi pâle et évanescente que souvent, elle ne cilla pas, mais plissa très légèrement les yeux. Son souffle roula dans l'air dans une bouffée brumeuse, la voilant un instant avant de ne plus trouver de source : durant quelques secondes, elle retint sa respiration. Zoé parla d'un plan, Dragomira ne varia pas d'expression, pas plus qu'elle ne répondit, mais dans un réflexe dicté par ses entrailles fertiles, elle se plaça légèrement de biais, décalant son manteau de sa senestre pour en voiler un peu la gamine. C'était une protection dérisoire à laquelle elle ne pensait même pas consciemment, mais il y avait encore un peu d'instinct en elle, et celui là lui disait que quelque chose – quelqu'un – allait probablement saigner. Elle ignorait que c'était déjà le cas, mais ce qu'elle pressentait était un rien plus violent qu'une entaille volontaire. Son sourire, à l'idée d'une brutalité en bourgeon, revint flotter à ses lèvres fines, et elle lança vers l'inconnue.

    « Vous aussi, vous êtes perdue ? »

Perdue dans la ville, ou perdue pour les hommes ; qu'importait. La question n'appelait pas de réponse – elle ne l'intéressait pas réellement. Elle n'était qu'une parole destinée à frapper l'aspect de cire qui avait ceint la femme derrière elles, ainsi que la fixité de son expression de dégoût renfrogné – un mélange d'une augure assez peu avenante, lorsqu'il était présenté dans une ruelle étroite et noire, par une inconnue qui, comme elle, avait les yeux du diable.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeLun 4 Fév 2013 - 20:19

Après cette petite entrevue avec la seconde vagabonde (seconde et demi si l'on comptait Kelly) durant laquelle la petite lycanne n'assista - à son grand regret - à aucune tentative de meurtre pas plus qu'à une invasion de singes de l'espace, et qui par dessus le marché lui avait fait perdre un temps précieux, le duo peu commun continua à arpenter les pavés qui guerroyaient de leur immobilité désordonnée. Le domicile du vétéran approchait à grands pas, bien qu'il n'eût guère de pieds qu'un béton mousseux sur lequel le lichen lui même était mort ; le poison ambiant semblait réguler le quartier d'un façon qui ne s'expliquait pas. L'air s'était appesantit entre temps, car les courants propres aux rivages irlandais se brisaient sur des bâtisses, plus hautes de toit, qui barraient la rue un peu plus loin.

Sans mot dire, la petite tourna avec le naturel d'un résident vers un chemin qui traversait un porche à l'arc mâchuré pour déboucher sur une petite cours intérieure où le pavage du sol se disputait cette fois-ci d'une herbe touffue et grasse. L'immeuble, de quatre étages, semblait vieux et croulant ; et les fenêtres aux cadres blancs, un peu plus récentes, contribuaient à tenir le faste, maintenant bien enterré sous la crasse, de l'édifice, plus qu'à le moderniser. Prêt des murs, on ne comptait plus les cigarettes échoués, il fallait utiliser des unités de mesures plus grandes telles que le nombre de cancers des poumons ou les kilomètres d'autoroutes potentielles consumées. Enfin, et c'était peu de le dire, pendaient aux murs - proches de l'entrée et à hauteur du premier étage - deux lampadaires (l'un étant presque à nu) dont la lumière scrofuleuse aurait fait le bonheur d'un Dostoïevski ou d'un Rembrandt. Celle-ci, en effet, dégueulait littéralement son flot de foie malade vers la porte ; l'avertissement était encore plus explicite qu'il ne saurait l'être sur les portes des enfers.

Kelly, avec son T-shirt blanc maculé de travail arrivant presque à mi-cuisse et sa doudoune élimé comme des jointures de poings serrés dont le rembourrage s'échappait d'entre des coutures cicatricielles au niveau du dos, collait parfaitement au lieux. Elle avait toujours grands soins de son personnage. Le silence fuyait comme des chinois devant des fourchettes au son des petites et insupportables roues de la glacière. Elle avait beau connaître le contenu de sa boîte de Pandore, la Pistache la malmenait ainsi que l'aurait fait une petite fille de son cartable. Seules des bières ne se seraient pas brisées dans un chahut pareil, cela dit, elle ne s'inquiétait pas de finir dans une de celles-ci. Elle avait une parfaite confiance en son antidote ; la fiabilité en était pourtant douteuse.

Elle ouvrit la porte magnétique sans problème étant donné qu'elle n'avait plus de magnétique que le nom depuis des temps immémoriaux.
"Mon papi il habite au premier parce qu'il est invalide depuis qu'il a eut son infection. Mais vous inquiétez pas, vous aurez pas à rentrer. D'ailleurs, vaudrez mieux pas pour vous. La dernière fois qu'un huissier est rentré, il a faillit le tuer. Il a plus toute sa tête alors il reconnaît pas les gens. Sauf moi, parce que je suis sa préféré ! Enfin, je vais quand même devoir faire doucement pour pas le réveiller, sinon c'est la rouste !" Fit-elle avec un rire amusé.

Un ascenseur était présent. Il offrait une bien pitoyable décoration. En fait, il aurait put être en or massif, un ascenseur qui ne fonctionnait pas était toujours pitoyable ; un peu comme un grille-pain dans une poubelle. Il y avait dans la vie de tout les jours de ces spectacles qui étaient parfois tristes à voir. Kelly n'eut aucun mal à soulever sa glacière, étant donné sa nature ; c'était bien d'ailleurs le seul type de volume qu'elle pouvait se permettre de porter, sa délicatesse de jeune fille étant un contrepoids bien trop important pour que son loup ne pût l'ignorer ; elle grimpa les marche d'un pas encombré mais non subi.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeDim 10 Fév 2013 - 3:01

Dragomira VolochineElle n'avait pas répondu. Rien ne s'était passé, la grimace de l'étrangère n'avait accouché d'aucune gêne ni de la moindre parole ; grande fille et jeune femme avaient continué leur route. Pour ce qui était de Dragomira, à peine la rue passée, elle avait oublié depuis l'incident jusqu'à l'existence même de l'inconnue – on pouvait blâmer son indifférence, c'était là surtout les affres de son assez mauvaise mémoire.

L'adolescente s'engagea dans un passage qu'elle paraissait connaître et le pas de la dragonne résonnait derrière le sien, plus feutré, et derrière le chaos de la charge de « Zoé », plus bruyant. L'immeuble était laid, quelque soit la manière de le considérer et quelque pourrait être la tolérance de l'esprit qui avait à le contempler ; dégingandé, défait, trop malade mais pas encore assez pathétique pour avoir le charme de ce qui va périr, il était une vieille plaie urbaine qui arrache un sourire plus large – presque gourmand – à Dragomira. Ça puait le vieil alcool, l'antique misère, la crasse ordinaire si incrustée dans la peau et dans les murs qu'elle laisse les teints gras et les charpentes collantes : ça avait tout à fait le parfum de son enfance, quand elle devait manger des rongeurs pour survivre et remercier sa mère d'en avoir attrapé un de gras cette fois. La chose lui donnait l'impression de revoir un vieux cousin oublié par la richesse, tuberculeux, bouffi d'alcool et de pommes de terre germées, qui lui poserait la main sur le bas de l'échine en prétendant que c'était là politesse de famille – il n'aurait pas eu si tort, mais là n'étaient pas ses pensées. Elle songeait plutôt au bon bain dans lequel elle s'enverrait macérer pour retirer de ses cheveux les relents de graisse de pavés que les lieux lui crachaient. D'expérience, elle savait ce parfum tenace.

La porte fut passée sans code ni clé, ce qui la surprit moins que l'éventuel contraire, et après que « Zoé » eut parlé, elle souffla à voix basse et détachée, les sourcils légèrement haussés et l'amusement encore posé au coin des lèvres.

    « Oui, je resterai sage, je ne voudrais pas abîmer les tapis, ou faire une tache de propre quelque part. »

Sarcasme aussi léger que sauvage et irrépressible, elle poursuivit avec un phrasé moins pincé et bien plus roturier que jusque là, s'adaptant malgré elle – ou peut-être pas – au lieu comme un caméléon humain.

    « Oublie pas de quoi écrire, ou dessiner, s'il y a ça chez le pépé. Mais s'il est énervé, laisse tomber, je dois avoir un stylo quelque part dans mon sac. »

Bourse de cuir stylée qu'elle cala mieux sous son bras. Au milieu d'un pareil dortoir, elle avait tout de la dryade au milieu d'un camp de soldats : le premier éveillé qui la croiserait aurait sans nul doute l'envie prégnante de lui faire goûter au fruit de son égarement, aussi, bien qu'un fond d'abnégation bravache lui commander de parler clairement et d'attirer la meute, rien que pour constater par le centre comment le cercle des indigents indigènes pourrait s'en prendre à une proie si seyante et si manifestement étrangère, mais elle n'était pas suicidaire, aussi elle se tut. Le seuil fut dépassé par elle après l'adolescente et, trouvant le claquement de ses talons pointus aussi déplacé que le son de son accent de partout, donc de nulle part, elle ôta ses chaussures et prit tout spécialement garde au sol qu'elle ne foulait plus que de ses bas – elle ne brûlait pas de l'envie de se piquer d'un éclat de verre ou d'une pointe de seringue. La bringuebalante glacière faisait un boucan de tous les diables, mais c'était un démon familier, collant aux lieux, moins à même d'attirer les oreilles attenantes aux murs ; elle suivit à pas lents et précautionneux la démarche de la jaune fille encombrée, qui ne semblant pas tant peiner que ça. Après trois bouteilles vides, une autre à demi pleine d'un liquide doré et odorant aisément identifiable et peu avenant, pas moins de quatorze taches suspectes et une cinquantaine de mégots, papiers et déchets divers, elles atteignirent le premier étage – la russe se demanda fugacement quel genre d'aspect devait avoir le dernier palier de cette demeure, si son entrée était ainsi ornée. Elle laissa son guide en doudoune prendre de l'avance sur elle, jetant un œil aux portes et gardant l’ouïe toute concentrée ; loin de son esprit l'idée de s'accoler à la jeune demoiselle quand elle se présenterait devant son acariâtre aïeul supposé. Elle resterait à mi chemin, en dehors du premier coup d’œil, et en tous les cas très loin de la portée de la main. Grand père ou pas, il restait un homme ; ces bêtes-là étaient capable de bien des choses auxquelles elle ne se destinait pas les premiers soirs.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeLun 11 Fév 2013 - 22:17

Béni soit l'inventeur de la résine polyuréthane, que le grand monstre spaghetti baise son front et que ses enfants soient écartés du paludisme pour les siècles et les siècles, amen. Là était à peu prêt résumée la pensée de Kelly qui n'avait absolument pas prévue la variable 'russica ex nihilo' dans l'équation 'Hashīshiyy'. C'était à en perdre les mots. Mais le salvateur double de clés sauvait bien heureusement la mise en empêchant les aléas du rossignol, à savoir le manque de discrétion et de crédibilité. C'est alors que le pas se fit plus leste, que la lourde glacière se fit légère brise et que les choses sérieuses commencèrent. La bête marchait à pas feutrés, sans la moindre conscience, retirant, elle aussi ses chaussures, elle laissa contracter ses iris. Un pieds passait avec une malfaisante intelligence devant l'autre, un chaos rampant progressait avec une parfaite malignité dans les ténèbres. Il n'avait fallut qu'ouvrir la porte pour qu'un ouragan de ronflements n'envahisse l'espace. Celle-ci s'était refermé sur un silence sépulcral.


L'intérieur était manifestement un objet d'art et un terrain d'expérimentation rêvé pour darwinistes. Les yeux fermés, on eût aisément reconnu cette légère odeur de moisi caractéristique aux caves - celles mal entretenues, dans lesquelles le salpêtre se disputait avec le champignon des territoires muraux déjà perdus d'avance, des territoires morts-nés pour ainsi dire - on eût seulement reconnu cette légère odeur de moisi, dis-je, si elle avait effectivement été légère. Hors il se trouvait là une odeur pestilentielle, mordante comme la chaux-vive à en être belliqueuses, à en avoir juré sus ! aux muqueuses nasales de l'humanité, tout du moins de cette espèce d'humanité ayant perdue assez d'elle même pour en avoir été réduite à pénétrer une antre aussi inhospitalière. A chaque pas, c'était une nouvelle découverte d'horreur, comme si le fils de la perdition lui même y avait installé ses latrines et qu'il eût attrapé quelque infection de l'appareil excréteur.

Heureusement, Kelly n'était pas du genre de personne à faire dans le chipotage. Elle avait toujours manifesté un manque concret d'intérêt pour ce qui était de l'hygiène ainsi que du confort. Elle dormait sur un matelas dont les ressorts existaient sporadiquement du tissu comme un jeu de foire et avait déjà passé bien des nuits aux côté d'indigents - ou même seule - dans la rue. En outre, la porcherie dans laquelle elle vivait comme un pacha dans un palais était aussi dangereuse que mal entretenue ; les produits les plus toxiques, les cultures bactériennes les plus volatiles et les composés les plus inflammables languissaient le plus naturellement du monde aux côtés de générateurs haute tension, de munitions pour certaines artisanales, de pièges rouillés et de mines antipersonnel. Tandis qu'une jeune femme semblable en apparence à un ange tombé du ciel patientaient sagement non loin, la petite meurtrière, haute comme trois pommes, évoluait dans un lumbano maldororien ; l'ironie était que le terrier du vétéran était préférable au terrier pistachéen.

Elle s'appliquait tout particulièrement à ne pas piétiner un quelconque objet qui aurait tôt fait de se venger par une cacophonie inconfortable. Les bougres étaient nombreux, nombreux étaient les flacons de valium. Les bières vides étaient tout aussi bien représentées et aurait l'embarras du choix celui à qui l'on demanderait de désigner un couvert, une assiette sale ou un pantalon dans le même état. Elle se rendit rapidement dans la cuisine et ouvrit le frigo, le seul appareil ménager qui eut l'air de fonctionner dans ces 50 mètres carrés de surface qui faisaient honte à la Terre. Bien qu'il soit jaunâtre en un moment plus diurne et gras au touché, on comprenait au petit ronronnement que les seuls neurones qui restaient au pauvre soldat étaient ceux lui permettant de distinguer la qualité d'une bière fraîche à celle d'une bière tiède.

Il aurait été tout à fait naturel de se demander pourquoi l'Undertown voulait la mort de cet homme. Les voix de la Horde sont impénétrables d'aucun dirait. En fait, il s'agissait là d'un immeuble d'une l'importance stratégique assez correcte pour diverses raisons - donc presque toutes étaient géographiques - mais dont la principale était la corruptibilité du propriétaire qui était tout disposé à transformer les lieux en investissement immobilier discount, ce qui aurait permit de blanchir une bonne somme d'argent pour une contrepartie ridicule. Tout s'était bien passé, des papiers en ordres étaient sur le point d'aboutir à une poignée de main en ordre et une signature en ordre pour un résultat illicite en ordre... Jusqu'au moment où un vieillard, un vieux cinglé croulant, une pourriture sénescente qui n'avait d'égale que le tombeaux dans lequel elle vivait, un vétéran conspirationniste était venu se mêler de l'affaire. On aurait bien plaidé la folie si, Dieu sait comment, il n'avait réussit à amasser quantité substantielles de preuves dans le bureau du propriétaire eût égard à son insignifiante apparence. Par mesure de précaution, la mort devait avoir l'air tout à fait naturelle, c'est pourquoi on avait envoyé l'artificieuse Zoe, qui avait acceptée de mettre de côté son costume de Miss Carnage afin de relever le défi.

Elle avait récolté des champignons particulièrement virulents, qu'on ne trouvait que dans les troisièmes niveaux des égouts, dans la partie abandonnée qui avait été condamnée suite à la formation dangereuse de poches de gaz sulfuriques après l'incendie du parc. Le champignon avait été simplement mélangé à de l'eau puis gelé en un bloque de glace. La petite attention était d'empoisonner les aliments du frigo, en particuliers les aliments congelés qui étaient parfois non emballés. Heureusement pour Kelly, avec la quantité de flacons de néostigmine et de pyridostigmine qui jonchaient sur le sol, l'infortuné ne ressentirait les symptômes empiriques que trop tard ; à ce moment, il serait mort.

Elle mit des gants en caoutchoucs, un masque, et ouvrit la glacière, restant attentive au régulier vacarme occlusif qui témoignait du sommeil de la victime (rester attentif était un bien grand terme, il suffisait de ne pas être sourd quoiqu'un sourd à l'épiderme assez sensible eût put être également alerté). Il n'y avait pas vraiment de boissons dans la boîte en plastique, mais plutôt un pavé de glace maintenu pas des équerres métalliques et emballé dans un plastique transparent souple faisant office de protection pour le dispositif de réfrigération que la lycanne avait dut refaire. Au travers du plastique et à l'aide d'une lame chauffé par un allume-cigare modifié et alimenté par la glacière, elle découpa plusieurs lamelles qu'elle disposa sur la glace du congélateur, sous des tranches de hareng. La chaleur les fit partiellement fondre et la glace se mêla à la glace. Elle n'eut plus qu'à refermer le tout et partir.

C'est sur le chemin du retour qu'elle remarqua le paquet de cigarettes qu'elle emporta avec elle, qui se piquait de devenir une grande fille. Mais c'était une petite grande fille qui grandissait deux fois plus lentement que la moyenne maintenant. Elle avait déjà de la chance de n'être pas née un 29 février. Elle le rangea dans sa doublure intérieure et sortit avec la glacière, aussi précautionneusement qu'elle était entrée, puis remit ses chaussures1.
Chuchotant : "Au fait, vous ne m'avez pas dit d'où vous venez. Ça doit être un bout du monde vach'ment joli !"



1. Inutile de préciser qu'elle avait retiré ses gants et son masque avant de ressortir de l'appartement.[/size]

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Dernière édition par Kelly le Ven 15 Fév 2013 - 22:00, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeDim 24 Fév 2013 - 23:38

Dragomira VolochineComme des forges infernales auraient gobé un petit messager nain – on pouvait comparer la silhouette de l'enfant à ce genre de créature de loin, eut égard à l'épaisseur de la mante qui couvrait son dos encore étroit – la porte s'ouvrit sur une lumière de cloaque, des ronflements dignes de fourneaux démoniaques, ou d'une semi asphyxie entretenue par la bière et la graisse, puis la gosse disparut, elle, sa glacière, l'image et le bruit. Dragomira cilla, restant un instant rêveuse, la silhouette entrevue de l'appartement et de son capharnaüm flottant devant ses yeux songeurs quelques instants que l'attente entretenait avec aisance. Elle haussa les sourcils après plusieurs secondes de méditation nourrie de souvenirs : non, même dans les pires instants, jamais la maison familiale des bouffeurs de rats que sa famille avait été n'avait atteint la moitié de cet état, même à l'adolescence des garçons – et pourtant, Dieu sait comme ils pouvaient puer, les garnements, quand le poil a commencé à leur pousser – et l'aïeul à qui Zoé venait faire une offrande d'alcool ne devait guère avoir autre chose en commun avec celui de la russe qu'un âge avancé. Et encore.

Elle haussa les épaules à ses propres pensées, inconsciente de la scène qui se tramait derrière cette porte, comme derrière les autres du couloir – sans doute qu'elle aurait été informée de l'assassinat en cours qu'elle n'aurait pas agit différemment. La violence n'était pas son fort, mais le mépris était une toute autre question ; un individu qu'on ne connaissait que par son odeur pouvait bien crever, après tout, il pourrissait manifestement déjà vivant. Quant aux autres huis qu'elle balaya d'un regard à la fois absent et scrutateur – spécificité étrange de sa personne – elle se figura drames et bonheurs communs, comme il en poussait à fleur de bitume et de plâtres jaunis. Ici, peut-être qu'on battait femme et enfants, là, peut-être qu'on se serrait les coudes malgré l'adversité, ici encore, sans doute se droguait-on – les collages à propos d'une légalisation laissaient peu de doutes sur quelques activités partant en cendres dans l’appartement – ici, manifestement, on avait trop de gamins pour pas assez de chambres. Prostitution mal maîtrisée, familles superposées, ou manque d'éducation et d'accès aux médecins permettant de se soustraire à la fertilité ? Zoé reparut, brisant là ses déductions inutiles. Elle lui sourit, hocha la tête, commença à redescendre. La seule trace rémanente de ses songeries fut cette main qu'elle passa sur son front, lissant ses mèches folles et ses pensées éparses, avant de les rejeter par dessus son épaule sans un envol de parfum délicat, lequel jurait pas mal avec l'endroit. A la question de l'adolescente, elle sourit plus largement, quoique d'un seul côté, et hocha la tête à moitié, pour répondre d'un ton bas, convenant aux lieux qui les gardaient encore.

    « Je viens de Syracuse. Dans l'état de New York, hm, pas en Italie. C'est assez beau, oui, il y a un lac paisible, et comme toutes les grandes villes par là, c'est propre, rangé avec des maisons lumineuses. Elle plissa le nez, et souffla toujours sur le même timbre. Je suis passée par Détroit quelques temps, c'est tout de même moins joli. Et toi, tu es née ici ? »

Encore une fois, la vérité n'était pas dans ses dires, quoiqu'elle fut passée par les villes qu'elle citait, et qu'elle ait résidé un temps à Syracuse – deux semaines, au moins. Son oncle avait eu envie de prendre un peu d'air et avait invité sa nièce et amante. Elles descendirent les escaliers et, une fois l'entrée retrouvée, elle passa à son tour ses escarpins, se hissant sur leurs pointes avec l'aisance que seules donnent des années de pratique, d'ampoules et d'entorses tues. Presque heureuse de retrouver le vent cinglant, froid et chargé de pétrole comme d'embruns du dehors, elle se tourna vers sa jeune guide, passant une main dans l'une de ses poches pour chercher quelque chose avec une lente application.

    « Je crois que tu as oublié de quoi dessiner. Ce n'est pas grave, j'imagine que les taxis savent se diriger, si tu te souviens des noms. »

Elle découvrit avec une lenteur méditative l'objet qu'elle était venue pécher, à savoir un petit billet roulé sur lui-même. Et ajouta d'un ton où pointait quelque chose de typiquement féminin, à savoir un timbre maternel où pointait une ombre de mesquinerie.

    « Tiens. Je pense que ça pourra te servir pour t'offrir un manteau. Tu présenteras mieux, comme guide. »

Nulle générosité, du moins, pas vraiment ; elle avait juste eu l'envie, si d'aventure elles se recroisaient, de trouver « sa » Zoé mieux fagotée. Dans le cas contraire, elle se souviendrait de l'odeur en premier, et aurait encore l'impression de la sentir. Elle renifla à cette pensée, et prit une importante goulée d'air.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMer 27 Fév 2013 - 19:09

La gamine remettait ses chausse en écoutant la réponse de son étrange interlocutrce, laquelle tissa le mensonge avec force subtilité, comme Kelly avait elle même l'habitude de le faire. Le paradoxe avec le mensonge, c'était lorsqu'il conduisait deux personnes mal honnêtes à entamer un dialogue de sourd sans même en avoir conscience. S'il y avait eut un enjeu, nul doute que la pelote de laine stratégique aurait atteint le degré de complexité d'un Rubik's Cube myriagonal ; la conclusion aurait été virtuellement hasardeuse et le gagnant n'aurait sans doute pas plus saisit sont sort que le perdant. Mais, et c'était là quelque chose de bien plus révoltant pour la morale, les mutilations que les deux demoiselles infligeaient au voile de la vérité n'avaient absolument aucun but, si ce n'était une survie que leur instinct estimait mise en péril. Kelly n'avait aucun intérêt à détailler sa présente activité ; elle n'en avait pas plus à donner des détails trompeur.

Elle pouffa à la description de la ville telle que l'avait connue Dragomira. On ne pouvait pas dire qu'elle faisait illusion, blanche colombe au milieu de la fange, elle l'estimait déjà assez détaché comme cela.
"Et bah on peut pas dire que tu sois tombé sur le bon côté de la ville alors, parce qu'ici, ça ressemble pas trop à c'que t'as connues avant."
Insérez un truisme ici.

Elles descendaient les escaliers, la glacière était toujours présente et le son de ses roues cognant de marche en marche recouvrait partiellement celui d'un hurlement chargé de colère provenant des étages supérieurs ; ce semblait une espèce de querelle qui engendrerait moult décibels pour les heures à venir, sans doute flatterait-on le plafond avec des manches à balais ce soir.
"- Je suis passée par Détroit quelques temps, c'est tout de même moins joli. Et toi, tu es née ici ?
- Nan, je suis née à Kilkenny : c'est une ville, genre à deux heures de routes d'ici. Je sais plus à combien de kilomètres c'est - même si j'ai calculé un jour. Tout ce que je sais, c'est que c'est à peu prêt à deux heures d'ici. Enfin en voiture. C'est en bas, 'fin je veux dire au Sud... Est, Sud-Est. Mais j'y suis pas resté longtemps parce que mon papi il avait plus l'argent. Quand j'étais petite on venait déjà souvent ici, c'est pour ça que j'ai fini par savoir que c'était à deux heures en voiture.
"

Kelly fit naturellement un détour par les caves. Appeler un ensemble de murs munis pour seule défenses de gonds sans portes était en soi comique, mais certains y entreposaient effectivement des objets. Dépotoir était un terme qui semblait plus adapté. Dépotoir était un terme qui semblait spécialement inventé pour ce lieu. Ici, Dépotoir était un nom propre1. Elle déposa dans l'une des cellule de la nécropole sa glacière, comme s'il avait été normal d'y entreposé un tel objet, et fit demi-tour. Pour ressortir, il fallait longer des machines à laver éventrés, l'endroit ressemblait plus à un épisode psychédélique et surréaliste de Donjon&Dragon qu'à un ensemble de cave.

Qu'importe, tout cela était à présent derrière eux. La jeune femme pourrait s'en aller dans un bouge de qualité et Kelly, elle, se rendrait dans un endroit légèrement moins insalubre et plus dangereux - mais, à son avantage, non peuplé. Elle cogita un moment au lieu vers lequel elle allait l'envoyer quant elle pensa au Bloody. Elle ne connaissait l'établissement que de réputation, elle qui avait prit l'habitude européenne de tuer en dehors d'une chambre d'hôtel, mais elle savait qu'il était très fréquenté par les créatures de la nuit, en particulier celles qui se nourrissaient régulièrement d'humains. Sa petite manœuvre envers l'âme en peine qu'elles avaient précédemment croisés avait échouée (sans doute une faim déjà rassasié ou un self contrôle exceptionnel, eut égard à la présence d'une jeune fille dans le bétail, ce qui pouvait parfois titiller la veine consciencieuse de certain buveur de veines malchanceuses), elle voulait donc sa revanche. Elle pensait l'endroit propice à la sécurité des personnes en fortunes, mais les revenus modestes, en revanche, pouvaient parfaitement s'attirer des ennuis qu'ils n'avaient pas cherchés. Le premier d'entre eux étaient les nuisibles. Le premier d'entre eux étaient les vampires.

Le billet qui lui avait été tendu semblait à première vue mal placé. Le ton maternel n'effaçait en rien le mépris - sans doute involontaire - du geste, de l'initiative même, et un don d'argent, dans la plus pure gratuité, avait ce quelque chose de blasphématoire dans un pareil sanctuaire. Drogue était un terme qui aurait rendu la chose naturelle. Drogue était un terme qui semblait s’épanouir en ce lieu. Ici, Drogue était un nom propre. Elle prit l'argent avec une avidité mal élevé - feinte, bien entendue - et remercia sa bienfaitrice d'une voix qui tintait d'un bonheur électrique aux oreilles non averties. En réalité - dans cette réalité qui se cachait bien profondément sous les manières rustaudes de la gamine - Kelly n'avait pour l'argent qu'un intérêt très limité. Son budget bonbon était, certes, plus élevé que celui de la plupart des enfants - en fait, il était plus élevé que celui de douze enfants réunit - mais elle n'utilisait que très peu d'argent. Si elle accumulait les richesses, c'était seulement parce que sa folie des grandeurs lui laissait entrevoir un éventuel scénario dans lequel elle aurait besoin d'effectuer de fortes dépenses.
Nucléaire était un terme qui mettait beaucoup de choses en perspectives.
Mais au fond, ce petit billet de 5 €, nirvana pour n'importe qu'elle enfant de la condition dont elle paraissait être, élevait sa fortune à 188 308 €.

Un indice : seulement 5 € de cette somme à été gagné honnêtement. Honnêtement n'était pas un nom propre.
C'est avec un grand sourire que la Pistache s'adressa à l'altruiste mécène :
"Oh merci trop cool ! Dis donc t'as l'air riche pour me donner 5 € comme ça. Du coup, je pense que tu devrait aller au Bloody Valentine, ça s'ra un truc qui va te convenir tu verras, et t'inquiètes pas pour le nom : il fait peur comme ça, mais il paraît que les chambres sont super belles. En fait, à Galway, tout les hôtels ont des noms qui font peur, c'est comme une tradition, pour donner un genre à la ville je pense. Si tu demandes ça à un chauffeur de taxi, il saura direct c'est où et il t'y emmènera. Mais fais attention ! il y a plein de gens la nuit en centre ville alors faut qu'tu lui dise de passer par les routes seulement ! Sinon, si c'est un vieux con, il va faire exprès de passer par les zones de rencontres où il y a des piétons pour perdre du temps. C'est comme ça qu'ils font pour plumer les touristes. Alors faut lui dire, genre, 'Bloody Valentine' ou 'Au Bloody', comme si t'avais l'habitude, comme ça il croira que t'es du coin et il fera pas le con." Kelly avait bien prit soin d'avoir l'air de répéter un tuyau qu'on lui avait raconté du temps jadis.

Sur c'est mots, elle sortit une cigarette du paquet qu'elle avait volé et l'alluma avec le briquet qu'elle avait volé. La première bouffée fut la partition d'une quinte de toux amère de néophyte.
"Si tu veux, je peux t'accompagner jusqu'à une cabine de téléphone qui fonctionne pour que t'appelles un taxis. Sinon, le temps que tu cherches, t'auras déjà trouvé l'hôtel sans le faire exprès. hihi !"


1. L'utilisation d'un oxymore aussi crasse et sournois est purement fortuite et ne saurait être attribué à quelconque sens de l'humour déviant de l'auteur, qui pourtant à un sens de l'humour particulièrement déviant. Si, si.

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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMar 5 Mar 2013 - 19:53

Dragomira VolochineDans toutes les turpitudes qu'on pouvait reprocher à Dragomira – et Dieu comme Diable savaient qu'elles étaient nombreuses – il était certain que son manque crasse de culture était l'un des points les plus notables. Elle était ainsi, incapable de considérer comme réellement existant quelque chose ou quelqu'un qui ne l'intéressait pas ; aussi, lorsque l'adolescente qui lui servait de guide parla de Kilkenny, la femme aux yeux bleus laissa ses derniers s'agrandir dans une expression de légère surprise accentuant singulièrement la jeunesse de ses traits. Un instant, on aurait pu croire se tenir face à une gamine tout juste pubère devant qui on aurait évoqué quelques principes hermétiques : alors ainsi, Kilkenny était une ville ? Elle qui avait toujours cru que ce n'était qu'une bière. Il fallait croire que l'Irlande n'était pas faite seulement de brasseries et de conflits avec la couronne d'Angleterre. L'étonnement passé, elle étira plus grand ses lèvres, et oublia à peu près tout une fois « Zoé » remontée de la cave où elle avait manifestement été se délester de sa tonitruante glacière – la Russe n'y descendit pas elle-même. Elle avait beau nourrir quelques affinités avec les domaines méphitiques, elle n'en était pas au point, loin s'en fallait, de se laisser aller à quelques balades dans des sous-sols pour lesquels « douteux » ne convenait plus – il aurait fallu pour ça qu'il y ait encore un doute sur la nocuité de l'endroit.

Dehors regagné et billet happé, la jeune mère contempla l'effet de son œuvre avec ce qui paraissait comme le détachement à la fois bienveillant et poisseux à l'âme de ces personnes charitables qui donnent, mais sans réel affect, sans trop y regarder ; une personne, un tronc d'église, une association avec un nom coloré, peu importait. L'idée était dans le geste et ce dernier avait la valeur d'une expectoration mentale : un peu comme on aurait mouché son nez dans de la soie, on s'assurait une certaine propreté en épongeant son indécente aisance d'un coupon dérisoire. Dragomira crut percevoir dans l'attitude de son fugitif kleenex qu'elle n'allait sans doute pas faire d'efforts vestimentaires, préférant peut-être manger ce soir plutôt que mieux présenter demain, un petit pli de narines plus tard – elle avait une nouvelle fois l'odeur de l'antre du grand père dans les sinus – elle songea à tirer la gamine par une oreille et à la jeter dans l'eau du port, pour la forcer au moins pour des raisons vitales à prendre un bon bain, puis elle renonça. Les explications de sa guide en doudoune déchirée – et malheureusement durable – furent écoutées, d'une façon moins distraite que celle qu'elle affichait sans y songer, puis elle hocha la tête d'un air entendu lorsque « Zoé » sembla vouloir lui faire une faveur en lui glissant un tuyau formidable. Pour avoir vécu dans les grandes villes américaines, Dragomira savait déjà parler le taximan ; imiter la cliente parée à dégainer un avocat pour un arrondi mal fait était une question de survie urbaine.

    « Riche, non, pas vraiment. C'est pour te remercier, entama-t-elle, comme si on manteau, son parfum ou son allure ne suffisait pas à étaler au monde le contraire. A remarque surfaite, réponse à côté. Elle enchaîna. Le Bloody, très bien. »

Elle se demanda fugacement si l'heure serait si piétonne que ça, puis ses pensées auxquelles elle-même ne s'intéressait presque pas s'interrompirent quand l'adolescente face à elle dégaina une cigarette. Ce n'était pas qu'elle était choquée – si elle ne fumait que rarement, c'était principalement pour des questions d'odorat – mais plutôt que la fumée lui rappela l'addiction, que l'addiction lui rappela l'alcool, que l'alcool lui ouvrit des bras aimants ; oui, évidemment. Elle irait s'enivrer dès demain – dès ce soir, si un troquet était encore ouvert et pas tout à fait sale. Elle avait eu sa dose de sordide pour la nuit, mais du malsain ne la rebuterait pas, tant qu'il ne traînait pas une odeur d'urine ou de poussière. Elle s'interrogea, effleurant son ventre du bout des doigts alors qu'elle rajustait son manteau dans un geste lent, commençant à se détourner sans brusquerie pour reprendre sa marche, invitant de fait sa guide à lui emboîter le pas pour s'éloigner de son supposé cloaque familial. Elle n'avait pas fumé de cigare depuis longtemps, lui semblait-il, parce que son fils détestait cette odeur et que la lui sentir le braquait, surtout avec les derniers événements – le premier des inspecteurs qui l'avait maladroitement interrogé en était porteur et son haleine avait été sûrement associée à de l'hostilité dans l'esprit clivé de son petit. Son enfant lui manqua brutalement, là, dans le fond de ce ventre qu'elle couvait tout juste des mains. Elle inspira profondément, leva le visage au ciel comme pour l'interroger sur une pluie à venir, et n'exprima rien de plus. Il faudrait qu'elle boive, oui, beaucoup trop, et rapidement ; ce gouffre au milieu de ses entrailles attendait quelque chose pour le remplir, et il était hors de question qu'un homme se charge de cet office pour l'instant – et sans doute pour longtemps. Dragomira n'était pas habillée de vertu, mais elle avait toujours été fidèle, et le cadavre tant aimé n'était pas encore trop piqué par les vers pour ne plus peser assez. Elle reprit.

    « Tu es gentille. C'était dit d'un ton plat, comme on aurait décrit le climat. Son timbre se corrigea de lui-même toutefois, et sa voix se fit plus chaude et profonde, comme mue par une pointe d'enthousiasme – qui ne l'aurait pas été de troquer ces ruelles pour un lieu promettant un service d'étage et un petit savon parfumé ? Je te suis, ensuite, il faudra que tu rentres chez toi, il se fait un peu tard. Tu voudras profiter de mon taxi ? »

L'instinct maternel la piquait encore un peu. Elle prendrait du Cointreau, et ça passera.
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMar 5 Mar 2013 - 21:11

Notre aventure allait bientôt s'achever et ses protagonistes en étaient à ce point où tout semblait accomplit, ou l'air huileux - ou peut être poissonneux, qui pouvait dire - ne semblait plus capable de s'emplir que de silences gênants. Dingue à quel point le silence pouvait émettre un bruit insupportable. Ça n'était cependant pas ce qui gênait Kelly, elle qui n'avait pas le moindre soucis du respect de la partition conventionnelle d'une discussion. Elle qui était plus pragmatique qu'une clé de douze. Elle se résolut donc, sans avoir le moins du monde à se forcer, à un silence tellement pesant qu'il forma un trou noir et absorba le moindre son qui n'était pas de la voix humaine : morceau de papier traîné au sol par la force dérisoire d'un faible vent, bruissement des écumes endormies, vrombissement psalmodique des moteurs de voitures ronronnant en choeur à quelque distance de là et autres spectres composites de tout les rebuts d'échos vagabondant au hasard de la répartition des ondes. Ne pas parler, c'était s'assurer le vrai faux silence, soit un faux vrai bordel.

Comme elle avait promit d'un mouvement de tête de rentrer chez elle après cette dernière marche, mais qu'elle avait refuser d'un mouvement différent le coup de carrosse que lui proposait Dragomira, la petite marchait avec la perspective de rentrer chez elle. Et c'était bien là ce qu'elle allait faire. Mais elle réfléchissait au détour qu'elle prendrait pour donner la brève illusion de rentrer chez elle. Son cerveau étant étrangement charpenté, le temps de réponse était inférieur à celui d'une recherché Google. Elle eut à l'esprit une petite dizaine d'itinéraires qui se profilaient ; mais elle passait à côté de l'essentiel : elles ne se verraient probablement plus. Inutile donc, de s'évertuer à tromper la vigilance de quelqu'un don elle ne se souciait manifestement pas. Et puis, il s'agissait d'une personne qui lui donnait de l'argent sans aucune raison et la laissait fumé. N'importe quelle fille de son âge lui aurait demandé de l'adopter. Mais n'importe quelle fille de son âge avait une fâcheuse tendance à ne pas exploiter ses compétences en assassinat.

Au bout d'un certain temps, après le moment durant lequel une sirène de police fit monologue dans le golem de silence, la silhouette et demi arrivèrent prêt de ce qui ressemblait fortement à une cabine téléphonique. La principale cause de cet effet d'optique résidait dans la nature de l'objet : il s'agissait d'une cabine téléphonique. Kelly s'arrêta brusquement à côté de celle-ci, tournant sur ses talons (et seulement sur ses talons, c'était très important), elle planta ses deux yeux ronds-marrons dans ceux azurés de sa compagne de soirée sans rien faire de plus. C'était les yeux intitulés 'Ceci est une cabine téléphonique.'.
Sa cigarette était finit depuis longtemps - elle l'avait crapoté jusqu'au bout - et elle n'avait pas l'intention d'en sortir une nouvelle ; la faute à une gorge sèche et au fait que c'était beaucoup moins cool de fumer que de voir fumer. C'était plus ou moins la première et dernière fois qu'elle le faisait donc, puisque tout ce qui ne lui plaisait pas n'était jamais réitéré, sauf dans le cas où il s'agissait d'un être humain, auquel cas c'était plutôt la mort qui l'attendait. Mais Kelly aimait tout le monde, à partir du moment où tout le monde jouait à ses jeux morbide sans faire de mal à sa sacro-sainte personne.

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_________________
Un crayon Titi ça donne du courage, tu t'sens moins seul, ça t'donne envie d'tous les niquer une bonne fois pour toute. Ça t'donne envie d'les trainer dans la boue, à base de crayon Titi !
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeMer 13 Mar 2013 - 23:05

Dragomira VolochineLe refus passa sur l'épaule de Dragomira, qui l'envoya loin d'elle d'un mouvement de main, chassant une poussière et une mèche de cheveux, terminant sur un ultime sourire un peu étrange, assez délicat, adressé à son petit guide en doudoune. Zoé, donc. Elle était à peu près certaine de se souvenir du manteau, de la voix et de ce vêtement qui lui tailladait la rétine, mais pour ce qui étaient des traits précis du visage de l'adolescente, la chose était moins sûre. Non pas qu'elle n'y faisait pas attention, mais elle avait tendance à y mêler les visages déjà croisés dans la journée d'autres jeunes gens entre deux âges, pas tout à fait enfants, encore loin d'être adultes ; cependant, attitude comme timbre de voix étaient souvent bien assez pour se remémorer un étranger avec qui on avait échangé une poignée de mots et une suite de pas. Zoé ne voulait pas rentrer en taxi : peut-être était-elle trop faite à la ville pour risquer la même chose que les autres femmes en devenir, peut-être n'était-elle pas loin de son petit coin où dormir, peut-être était-elle méfiante et ne voulait-elle pas suivre la première femme blonde venue dans une voiture qui n'était pas connue. C'était sans doute ça, à bien y réfléchir. C'était sage, ou sournois – dans son esprit, les deux concepts étaient tout sauf incompatibles.

La cigarette s'était échouée dans un caniveau quelconque, la cabine téléphonique fut atteinte, pas un son ne sortit de la bouche de la petite jeune fille. La femme sans âge se fendit d'un sourire, d'un hochement de tête, d'un dernier « au revoir, et sois prudente », qui aurait pu être prononcé par n'importe quelle autre femme, tant ils n'étaient qu'impersonnels et tout juste teintés d'un souci venant du ventre ; elle grimpa dans la cabine enfin atteinte et, après avoir vérifié que le combiné n'était pas trop sale – du moins, pas visiblement entaché d'une substance immonde – elle décrocha. Des pièces s'échouèrent dans la machine, deux d'entre elles furent gobées, trois furent recrachées et une tomba à terre. Elle y posa le pied et déclama tranquillement sa demande, gommant son accent indéfinissable du mieux qu'elle le pouvait, afin de ne pas déjà puer la touriste à entourlouper. Elle se retourna pensivement, une fois sa commande prise et les dernières politesses fades échangées. Zoé n'était plus là, une légère pluie tombait. Souriant au vide, la russe s'étira. Un verre de cointreau, et une cigarette. Voilà ce qui ponctuerait cette soirée avec délicatesse.

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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeDim 17 Mar 2013 - 23:38

Le jour commençait à se lever, pointant son nez orange au-dessus de la ligne d’horizon. Mary, assise sur une bite d’amarrage, fumait tranquillement sa clope en observant le paysage, l’air absent.

L’aurore était vraiment son moment de la journée favori, où le monde était en train d’émerger doucement et où seul les courageux lèves-tôt dans son genre pouvaient avoir l’impression que le monde leur appartenait. Elle n’aimait pas tellement le monde, c’est pourquoi elle privilégiait pour sortir les moments où il n’y avait pas foule.

Cela faisait trois jours que son bateau l’avait déposée sur ce port, trois jours pendant lesquels elle avait longuement marché sur la plage où elle avait sommairement campé pour se familiariser avec son nouvel univers. Du coup, ses vêtements n’étaient clairement plus de première fraicheur et son khôl avait méchamment bavé autour de ses yeux, mais elle s’en fichait pas mal, pour le moment elle n’avait nulle part où aller et personne pour qui s'apprêter. Certes, il y avait bien quelques hôtels dans ce patelin, mais ils étaient tous trop loin de l’océan, et c’était un critère sur lequel elle ne voulait pas transiger : son point de chute terrestre devait être à deux minutes à pied maximum du littoral, et pas un vieux port tout sale, non, d’une belle plage du littoral sauvage où elle pourrait piquer une tête sans arrière pensée.

Vu le mauvais goût des hôteliers locaux, elle n’avait donc pas le choix, elle allait devoir louer un appartement sur Grattan, Dr. Colohan ou Salthill, le choix était assez restreint mais elle n’avait pas d’exigences particulières : étant donné qu’elle était seule et avec un budget confortable, elle pouvait aussi bien se contenter d’un petit studio que d’une grande villa…

Son baluchon posé entre ses pieds, la feuille de chou locale – un certain Galway Night Post – roulé dans la poche arrière de son jean, elle essayait de se motiver à consulter les petites annonces immobilières alors que sa cigarette rétrécissait à vue d’œil.


Dernière édition par Mary Read le Jeu 23 Mai 2013 - 21:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le port   Le port - Page 2 Icon_minitimeLun 18 Mar 2013 - 22:33

Dragomira VolochineLa nuit avait été courte. Celle-ci n'avait pas été dépouillée de quelques unes de ses heures par les brumes d'un alcool quelconque – Dragomira buvait certes un peu trop souvent et avec un allant légèrement exagéré pour une femme de son âge et de sa condition, mais elle avait envers la boisson le même rapport qu'avec tout ce qui lui procurait des sensations : dans l'excès. C'était toujours beaucoup trop, ou vraiment pas assez ; si dans les premiers jours qui avaient suivi son arrivée, elle s'était enivrée à chaque occasion, elle avait décidé de s'abstenir à présent. Sa résolution n'avait aucun autre motif que son humeur actuelle, c'était un caprice inversé et, pour faire la monnaie des vapeurs éthyliques qui avaient flouté la réalité depuis la mort de son oncle et amant, elle s'était abîmée dans quelques lectures, de longues promenades tout le jour durant, des méditations sans suite, un peu de peinture et, enfin, un sommeil profond qui l'avait amenée jusqu'à une heure avancée de la nuit. Elle s'était réveillée groggy, forte d'une grande impression de vide, d'un besoin urgent de s'occuper, tout en n'ayant rien à faire et, à une heure aussi tardive, la plupart des villes montraient un visage de cimetière où seul le vent bruissait, ainsi qu'une petite pluie. La bruine n'avait pas duré, hélas, elle qui l'aurait bien regardée des heures durant, jusqu'à ce que ses pensées ne se fracassent plus à terre au rythme des gouttes d'eau ; finalement, poussée par la nécessité de brasser de l'air, elle avait passé quelques vêtements et était sortie.

Elle avait regagné le port, presque machinalement. Ses pas la conduisaient souvent à cet endroit, pour ce qu'il était : beau et laid, poétique et froid, sale et imagé. Elle aimait son odeur d'écume et de fioul, de sueur et de frais, les mille tintements du fer sur le béton et des vagues sur les pontons. Elle aimait ce lieu, tout simplement, et se mêler dans ses brumes apaisait son humeur tout en entretenant ce qu'elle pouvait avoir de morbide. C'était parfait. Elle, sa capeline, son jean de marque – ce genre de vêtement faussement usé et réellement cher – et son chemiser s'avançaient avec une lenteur erratique, ne voulant que marcher sans avancer. La russe avait pris ces vêtements là, pensant que l'ampleur de cette mante dissimulerait de loin ses formes féminines, le jean lui couvrant les jambes assez pour les laisser libres sans que le froid ne l'extirpe trop tôt de ses rêveries. Elle suivait ses songes, passant le regard sur les silhouettes des navires comme des très rares personnes sans s'y arrêter. Une odeur de tabac lui frôla le visage et réveilla une envie, elle posa la main sur l'une de ses poches, renfermant sa petite boîte raffinée de cigarettes, décidée à obéir sans lutter à ce désir grêle ; elle cilla, sourit devant la boîte qu'elle venait d'ouvrir au creux de sa main. Des bâtons à fumer, il y en avait, sagement alignés, tous blanc de cendre et de cancer, attendant d'être consumés. Mais rien pour les allumer. Elle avait laissé son briquet sur son lit, à l'hôtel. C'était loin, les commerces seraient sans doute clos pour quelques heures encore, son envie très légère s'était décuplée devant cette petite frustration. Levant le nez et guettant des yeux l'origine de l'odeur, elle pointa son visage sans âge ni expression sur cette silhouette de dos, elle en conclut que c'était une femme, qu'elle était seule, qu'elle semblait observer l'eau ; en somme, pas une allure de pervers aux aguets ni de quelqu'un trop occupé pour parler. Elle s'approcha, sans frapper le sol de ses talons exagérément, mais sans chercher nullement à dissimuler l'écho de son pas.

S'arrêtant à un mètre de la demoiselle à la cigarette presque entièrement consumée, elle entrouvrit les lèvres pour rester silencieuse quelques secondes, le temps de l'observer. La première chose qui lui accrocha l'oeil, en dehors du tabac incandescent, fut cette chevelure blonde, presque rouge dans les lueurs du levant, nouée, irrégulière ; la sienne paraissait être un nuage sans consistance en comparaison. Le visage était assez volontaire, les vêtements pratiques, mais manifestement négligés ces derniers temps. Un journal dépassait, un baluchon traînait : c'était une voyageuse, un marin ou une mendiante. Les trois lui allaient. Repoussant sa capeline sur ses épaules pour découvrir son propre visage, lequel exprimait une certaine absence et un petit sourire, elle glissa.

    « Bonjour. Excusez-moi. Pourrais-je vous emprunter du feu ? »

Elle roula entre ses doigt une de ses cigarettes, qu'elle avait extraite de son étui, et leva légèrement le bras en la faisant tourner entre ses doigts, illustrant son besoin par le geste – et montrant ainsi qu'elle ne désirait qu'une flamme et que ce n'était pas une stratégie pour lui soutirer davantage. Ce qu'elle tenait était une de ces clopes qu'on voyait bien au bout des fumes-cigarettes, très fines, très chics et très chères. Elle ne fumait que celles-ci, les cigares et les pires choses bon marché qu'on voyait s'échanger sur les chantiers.
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