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 Eglise Saint-Loup de Troyes

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Messages : 317
MessageSujet: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 25 Aoû 2011 - 11:24


La nouvelle Eglise de Galway, construite en ville après que l'ancienne a été détruite pendant le siège, prend le nom du saint patron des bergers, de façon à ce qu'elle puisse ramener les brebis égarées à la lumière et protéger le troupeau des innocents des attaques ennemies.

L'extérieur est constitué de pierre de taille rouge, respectant une architecture classique gothique, toute en ogive.




Cependant, l'intérieur est aménagé de façon plus moderne, les vitraux tarabiscotés ayant laissé place à de grandes baies vitrées laissant passer la lumière, et à une décoration simple de style épuré.



Précédente version de l'église...
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Mar 15 Nov 2011 - 18:54

Anja FallElle marchait lentement dans la rue, pensive. La faillite du Zombillénium avait été annoncé depuis un certains temps maintenant et elle se demandait ce que cela allait donner pour les chiffres de son entreprise. Cela n'allait peut-être rien faire, cependant, elle en doutait. En effet, le parc apportait les touristes et ce sont eux qui font marcher la partie hôtel. A part quelques particuliers, elle faisait surtout du bénéfice avec l'alcool et la diversité du sang qu'elle proposait.

C'est ainsi que ses pas la menèrent tout droit à l'Eglise de la ville. Elle n'avait pas prévu de se retrouver devant cette battisse. Elle l'observa dans ce début de nuit et finit par passer le portail en le faisant légèrement grincer. Lentement, elle fit glisser ses mains sur le fer qui le composait. Un léger sourire s'inscrivit sur son visage alors que la pensée de croiser un homme d'église s'insinuait en elle.

Elle s'approcha doucement de la porte d'entrée. Y entrer n'était pas forcément prohibé, elle n'allait pas se désintégrer à la seconde où elle verrait une croix ou un bénitier. Elle ricana à cette idée. D'ailleurs, ces faiblesses de vampires l’intriguaient, l'attirait presque. Elle se demandait d'où cela provenait. Ce que cela pouvait bien signifier.

Habillée d'un simple pantalon en jean, d'un tee-shirt et d'un pull pour terminer par des bottes montantes, elle se demandait encore si elle allait oser passer la porte d'entrée. D'ailleurs, peut-être qu'elle était fermée.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Mar 15 Nov 2011 - 19:34

Raphaël FilangieriSauf que. La porte de l'église, depuis l'arrivée de Raphaël, n'était jamais fermée, quand il était là. Et il était toujours là. Au début, il s'était permis quelques escapades en ville, et puis il s'était souvenu à quel point il détestait l'agitation, à quel point le bruit, les gens, la foule, tous ces hommes et ces femmes ordinaires ou non, derrières lesquels pouvaient se cacher les pires monstres, le rebutaient. Que ce qui le veuille viennent à lui, les autres pouvaient bien rester dans leurs pénates à attendre que la mort vienne les y prendre.

Raphaël comme souvent était assis sur un des bancs de l'église, un livre ouvert sur les genoux, plongé dans cet état de veille étrange qui le prenait parfois. Engourdi par le froid humide qui s'insinuait de toutes parts, dans l'atmosphère dansante, dorée, mouvante et mystérieuse des hautes voûtes de la maison de Dieu, il écoutait vaguement les plaintes de la brise automnale entre les tuiles, caressant les hauts vitraux, s'infiltrant par les jointures, sifflant parfois en s'enroulant comme une écharpe fugace autour des modillons et des arcatures saillantes.
Les cierges valsaient très légèrement dans les courants d'airs; la lumière douce qu'ils produisaient, la seule en fait dans la nuit morne de l'automne irlandais, se mouvait lentement comme les replis d'une eau profonde.

Le prêtre, sa haute silhouette éclairée de côté par les lourds chandeliers de fer forgé, était parfaitement immobile. Le dos légèrement voûté, ses grandes mains usées posées, comme en équilibre, sur les pages de sa Bible, la tête baissée. Ses yeux grisâtres clignaient un peu, comme s'il ne voyait rien, comme s'il contemplait l'intérieur de sa propre tête.
Il était ailleurs, et en même temps très attentif à tout ce qu'il y avait autour de lui. C'était comme essayer de tout percevoir; la présence muette des pierres ancestrales façonnées en longs arcs graciles, qui s'élevaient en voûtes arachnéennes percées de longs vitraux qui avaient hélas perdu leurs couleurs chatoyantes, et qui s'était mise au diapason du paysage, gris et morne comme le reste. La chaleur faible, diluée dans les froides ténèbres, des multitudes de cierges qui brûlaient de toutes parts. L'odeur des lys, sur l'autel, et des fleurs fraîches disposées ça et là. L'odeur humide qui provenait du dehors, par la porte qui s'entrouvrait, vibrant légèrement dans les rafales, et laissait entrer un léger courant d'air...

Et puis les bruits. Le silence profond et quasi solide du lieu, qui étouffait la rumeur citadine au-dehors et la repoussait au-delà des murs, le bruit de la nuit veloutée qui s'épaississait comme une encre, et qui tombait, creusée de grands halos de lumières jaunes et vives. Des voitures qui filaient. Des pas, des paroles. Éclats de voix. Un pub, pas loin? La vie, la vie continuait, cantonnée en-dehors de l'église, où ne régnaient que la paix méditative du silence religieux.

Restait à savoir si la visiteuse sur le seuil allait entrer ou non.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Mar 15 Nov 2011 - 20:13

Anja FallElle finit par se décider à entrer. Elle n'avait pas longtemps hésité et elle serait bien vite s'il y avait quelqu'un. D'une part les portes seraient fermées s'il n'y avait plus âme qui vive, enfin, elle sentirait la présence ou entendrait les douces pulsations du cœur humain. Pour elle, il n'y avait que les humains pour avoir de telle croyance erronées sur la vie. En tant que créature de la nuit, et surtout vampire, cette entité était morte au même titre qu'eux. La présence même de sa race était une aberration pour de tels principes.

Bref, elle posa sa main sur la porte et fit grincer la petite porte d'entrée camouflée dans la plus grande pour entrer. Ses pas résonnèrent dans toute la nef, et ce, jusqu'au cœur. Elle avançait avec précaution ne voulant pas se faire surprendre par une croix maligne ou tout autre élément dangereux pour elle. Elle circulait dans l'allée centrale en direction de l'homme assis sur un des bancs, il semblait totalement absorbé par son espèce de méditation ou peut-être était-ce autre chose ? Bien vite, elle se rendit compte que c'était le "propriétaire" du lieu.

Elle brisa le lourd silence propre au lieu saint.


- Il est bien tard pour prier ou attendre vos brebis égarés...

Un peu de cynisme, c'était toujours bon à prendre. Elle sourit et attendit une réaction en continuant à avancer dans sa direction.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Mer 16 Nov 2011 - 7:51

Raphaël FilangieriRaphaël sursauta légèrement quand il entendit le bruit léger qui résonna sur les dalles glacées de l'église.
La porte grinça, propageant des échos, des remous, comme un pavé dans l'eau profonde de cette atmosphère quasi solide, tissée de lueurs douces et d'ombres profondes, qui remplissait l'église. Et puis, des pas. Dans le silence quasi palpable de l'endroit, chaque souffle faisait un murmure qui se répercutait de toutes parts sur les hautes voûtes.
Raphaël rouvrit les yeux, lentement. Les lumières dansantes montaient à l'assaut des fines nervures qui couraient le long des fûts des colonnes, pour se muer en longues arêtes graciles qui se brisaient en ogives, retombaient, s'élevaient de nouveau, faisaient une toile d'araignée au-dessus de l'abside du chœur où s'élevait l'autel glorieux où le grand Christ en croix laçait un regard douloureux vers le ciel.

Et puis, la voix, féminine, un peu moqueuse. Raphaël ne bougea pas, il eut un sourire bref, froid, comme tracé par la lame d'un couteau.

-Il n'y a pas d'heure pour prier, ma fille. Et il n'y a pas d'heure non plus pour accueillir dans la maison de Dieu tous ceux qui on besoin d'y trouver refuge.

Lentement, ses grandes mains usées se déployant comme des araignées engourdies, il referma doucement les pages du livre sur ses genoux et le posa près de lui.
Son dos se redressa un peu, tandis qu'il contemplant pensivement le vide. Le prêtre vieillissant semblait plongé dans une espèce d'apathie à laquelle la nuit et le froid humide de Galway ne devaient pas être étrangers; pourtant, quand il tourna très légèrement la tête de côté pour observer celle qui avait passé le seuil de son domaine, on put saisir l'acuité soudain de son regard, vif et glacé, comme le reflet d'une lame dans la pénombre.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 17 Nov 2011 - 19:58

Anja FallElle haussa les sourcils.

- Cela dit, le sommeil ne donne pas vraiment le choix lorsque la fatigue se fait sentir.

Les humains étaient si faibles. Cet homme malgré son allure imposante ne dérogeait pas à la règle pour Anja. Le regard qu’il lui porta la fit sourire mais elle ne comptait pas en démordre et ne dévia pas, ni ne cilla alors qu’il se faisait plus appuyant et froid. Elle ne pouvait que le battre, après tout, elle était plus glaciale que lui dans tous les sens du terme.

Le discours qu’il avait prononcé était une des phrases phares de ces hommes… Surtout pour rameuter plus de monde dans leur rang.

- Vous ne croyez pas qu’un tel discours est passé de mode à notre époque ?

Elle ne comprenait pas ce côté conservateur de cette entité. Ces gens gagneraient tellement plus à innover un peu. Les jeunes n’étaient plus intéressés par ce simulacre de croyances.

- Expliquez mois ce que cela vous rapporte d’avoir une église presque vide et de ne quasiment plus toucher les foules. Je suis curieuse.

Elle n’avait toujours pas lâché son regard et faisait bien comprendre par ses paroles qu’elle ne faisait pas partie de ces brebis. Elle avançait toujours avec lenteur, maintenant un peu plus près de l’homme d’église, à peu près à mi-parcours de Raphaël.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Ven 18 Nov 2011 - 17:41

Raphaël FilangieriRaphaël sourit faiblement quand leurs regards se heurtèrent avec un bruit presque tangible. Oh, sur quoi donc était-il encore tombé? Un parasite? Une plaie! Femme déjà, et incroyante qui plus était, à voir l'attitude qu'elle avait, arrogante, assurée, comme si elle venait de pénétrer dans un lieu tout à fait anodin. Le prêtre était déjà las, de l'impiété de certains, qui venaient le provoquer à même la demeure du Seigneur. On avait cessé de convertir les païens, alors pourquoi les athées venaient-ils prêcher aux pieds même de l'autel? Non pas cela dit que Raphaël eut été un grand progressiste et du genre à accepter les idées d'autrui, mais à tout le moins avait-il l'intelligence de ne pas chercher à convaincre ceux qui ne pouvaient l'être, et se contentait-il de prendre soin de son troupeau sans chercher à l'enrichir sans cesse.
Et c'était ça, sa mission; tenir le fort, ne pas céder, pas devant les monstres et leurs stratagèmes, garder debout la demeure du Seigneur dans cet Enfer à ciel ouvert.

Il soupira, gardant un moment le silence. Son regard gris, sans âge, s'éleva pensivement.

-Voilà votre erreur, dit-il enfin de sa voix lourde et grave qui faisait rouler les syllabes de cet accent transalpin. Vous pensez en termes d'intérêt personnel, or, si je n'avais pensé qu'à moi, je n'aurais pas choisi de prendre l'habit et de me consacrer à Dieu. Moi, ça ne me rapporte rien, si ce n'est que c'est ma raison de vivre.

Une pause. Ses yeux clignaient comme ceux d'un chat au repos. Il était las, le vieux prêtre, las de se battre et pourtant tellement décidé à en finir, quitte à en découdre avec le monde entier! On lui avait donné une mission, elle gouvernait à présent son existence. Au nom de Dieu, au nom de tous ceux qu'il avait perdus, au nom de tous ceux qui avaient eu confiance en lui.

-Tant qu'il y aura encore des croyants pour passer le seuil de cet endroit en réclamant de l'aide ou du repos, je serais là et je prendrai soin de leurs âmes. Qui suis-je, pour déclarer que leur foi est passée de mode, qu'elle n'a plus droit de cité en ce monde? Je n'ai pas le droit de les négliger au prétexte qu'ils ne sont qu'une poignée.

Et puis il se tourna légèrement, et posa sur elle ce regard de glace, taillé dans le diamant le plus pur, qui ne cillait ni ne se détournait. Il était droit et digne, comme un vieux roc qui se tient encore debout malgré les années et les tempêtes, un peu comme ces anciens monolithes millénaires qui ont traversé des éternités d'affronts violents et sont encore là, pleins de force et d'usure, las et gris, mais toujours présents, pour encore longtemps.
Un regard, de haut en bas. Il la détailla sans gêne, et chaque détail contribuait à faire croître le mépris qu'il ressentait pour cette femme.

-Et vous, dites-moi; est-ce l'un de vos loisirs communs, que de venir tourmenter un vieux prêtre, ou bien étiez-vous désœuvrée au point de n'avoir pas d'autre chose à faire, ce soir?
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Dim 20 Nov 2011 - 9:57

Anja FallLe prêtre ne semblait pas vraiment comprendre ce qu'elle voulait dire. Elle décida donc d'appuyer son idée pour qu'il réponde réellement à sa question et pas à quelque chose d'un peu détourné.

- Vous savez, je ne critique en rien votre façon de vivre, disons que je ne comprends pas le but de rester enfermer dans le conservatisme comme toutes les personnes de religion que j'ai croisé. Si votre but est de rameuter un peu plus de foule, pourquoi rester coincer dans votre monde poussiéreux ? Pourquoi ne pas évoluer un peu pour que cela touche plus de monde ?

Elle éclata de rire à sa dernière remarque. Un écho le fit durer quelques secondes de plus qu'il n'aurait peut-être fallu pour ne pas énerver ce clerc.

- Disons plutôt que je suis fascinée par cette endroit, par son "pouvoir" certain sur certaines créatures de la nuit.

Elle était franche. De toute façon, il ne pouvait pas deviner comme ça qu'elle faisait partie de cette race. Elle ne jouait pas sa vie ici. D'ailleurs, elle commençait "sentir" cet homme, les pulsations de son cœur, sa respiration, tous les infimes mouvements que les humains ne pouvaient pas forcément percevoir. Raphaël avait de la chance, elle s'était nourrie avant de venir. De plus, son "odeur" n'était pas forcément très attrayante pour la jeune femme qui préférait de loin la jeunesse. Cependant, le prêtre n'était pas à l'abri d'un quelconque revirement de situation.

- Finalement, personne ne semble savoir d'où cela vient... Et personne ne s'en préoccupe.

Elle arrive à sa hauteur et s'installa sur un des siège en face, de l'autre côté de l'allée.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Sam 26 Nov 2011 - 11:47

Raphaël FilangieriRaphaël sourit, doucement, mais il y avait encore beaucoup de froideur dans ses yeux, une froideur implacable, presque mortuaire, à se demander si le prêtre n'était pas lui-même déjà mort et momifié dans la fumée de ses encens.

-A votre première question je répondrai que ça n'est pas à moi de réformer notre Sainte Mère l'Eglise, et qu'il y a des gens beaucoup plus formés et plus qualifiés que moi pour cela. J'ai l'humilité de reconnaître que je ne suis qu'un simple curé de campagne, pas un théologien, et quand bien même voudrais-je changer les choses, qui m'écoutera? Cela est hors de mon pouvoir, ma fille, et je l'accepte en me contentant de faire de mon mieux en suivant les ordres que j'ai reçus.

Il dit cela tout en courbant légèrement la tête, les mains croisées sur ses genoux épais, manipulant distraitement l'anneau de laiton, symbole de sa pénitence, qu'il portait à l'index.
Le rire qui résonna, si fort, si incongru, presque obscène, sous les voûtes de l'église, le fit tiquer. Il ressemblait trop au rire de Féderica pour être innocent. Cette femme était décidément de plus en plus détestable.

-Quant à votre seconde interrogation, je vous répondrait que je ne suis pas non plus un chasseur de créatures, aussi je n'en sais rien moi-même, si ce n'est que l'on dit que tout ce qui est saint ne peut que nuire aux damnés. Et damnés sont tous ceux qui errent hors du regard de Dieu, n'est-ce pas?


ça ne lui coûtait rien de lui faire croire ça, à elle. Mieux valait toujours passer pour plus idiot et plus ignorant qu'on ne l'était réellement. Il avait été franc et sincère sur sa mission avec la petite Winnifred, mais uniquement parce qu'elle avait besoin d'être rassurée et qu'elle faisait partie de ses fidèles, ce que n'était manifestement pas cette jeune femme trop arrogante qui lui faisait à présent face. Elle n'avait pas besoin ni de ses paroles, ni de la vérité, ni même d'être ici.

-Je vous le répète, dit-il doucement; je ne suis qu'un simple curé de campagne. Il y a des questions qui m'échappent, et ne sont certainement pas de mon ressort.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Dim 4 Déc 2011 - 13:24

Anja FallElle plissa les yeux, se demandant s'il faisait parti de ces stupides humains qui se voilaient la face alors qu'ils avaient devant eux des preuves irréfutables. Cependant, il avait été prouvé que la religion ou tout autres croyances rendaient les gens encore plus ignares qu'il était possible d'être.

Elle restait attentive aux moindres indices. Il ne fallait jamais faire confiance à l'apparence des gens. Elle ne comptait pas se faire avoir aussi facilement. Les créatures de la nuit étaient le meilleur exemple de couverture très efficace.

Elle sourit légèrement.


- Tout ceci est ennuyant... N'y aurait-il pas quelque chose de plus... alléchant à faire ici ?

Elle inclina la tête sur le côté, un peu féline dans sa manière de se mouvoir. Elle avait bien envie de s'amuser mais elle ne pouvait pas se permettre cela. Déjà qu'elle avait laissé courir une humaine... Jaro ne serait pas heureux de l'apprendre. Alors si elle commençait à se nourrir à tous les râteliers, vivement les problèmes. Elle savait pertinemment que sa couleur de peau était rare.

- Un homme ne devrait jamais rester seul...

Son sourire s’élargit. Nul doute que cela allait faire tiquer ce prêtre de pacotille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Ven 16 Déc 2011 - 15:47

Raphaël FilangieriRaphaël soutint sans ciller le regard qu'elle posait sur lui. Oh, il en avait eu à voir, des gens comme elle! Aucun respect, aucune compréhension. Ils disaient, parlaient, bien souvent sans savoir, confondaient la foi avec l'aveuglement, refusaient de laisser en paix ceux qui ne voulaient que trouver le repos dans les bras du Seigneur. Sans cette foi, sans la religion, Raphaël aurait sombré dans les plus insondables abysses depuis fort longtemps. C'était devenu son unique raison de vivre, croire. Servir ce qui l'avait sauvé. Sa dette envers l'Eglise était immense, alors il tâchait autant que possible de s'acquitter des tâches qu'on lui confiait, quitte à mettre sa vie en danger: elle ne lui appartenait plus en propre, de toute manière.

Et, si la religion rendait ignare, que dirait-on de lui? Il n'en avait cure. Lui, il croyait. Il savait que répondre aux provocations des athées de cette sorte ne servait à rien, sinon à desservir encore plus son image. Sûr de son bon droit, sans avoir besoin de prouver qu'il avait raison, il se contentait de répondre aussi calmement que possible. On peut être croyant, ou même prêtre, sans être un obscur crétin sans culture ni réflexion. Qu'on ose prétendre que des générations d'hommes étaient des idiots sous prétexte de croire! Non, la religion était sans rapport.

Le sourire de la femme l'agaça, mais il n'en montra rien. Sa face était aussi froide et dure qu'un roc, une porte de prison, où ses yeux brillaient d'un éclat figé. La colère viendrait, à un moment ou à un autre. Lente, insidieuse, implacable comme la marée, comme la tempête, elle venait toujours, au bout d'un moment, quoi qu'il arrive. Ce feu qui le rongeait depuis la mort d'Angelina n'avait besoin que d'une étincelle pour prendre de nouveau et s'étendre comme un incendie.

Un sourire sec, comme tracé par une lame de couteau, fendit son visage las.

-Si votre but était de vous amuser, je crois que vous avez mal choisi votre lieu.

Bien sûr qu'elle ne cherchait qu'à le mettre en colère. Bien sûr, c'était tellement évident, sinon pourquoi était-elle ici? Il se méfiait. Un vampire oserait-il réellement franchir le seuil de son église? Cette glaçante éventualité ne l'avait pas encore atteinte, mais ne tarderait peut être pas à faire son chemin dans son esprit, quand il comprendrait un peu plus, un peu plus longtemps. Etrangement, l'éventualité que sa visiteuse nocturne puisse ne même pas être humaine ne l'effraya pas. Il était prêt, pour cela, non? Et puis, il était dans son domaine.

Il se leva, lentement, dépliant péniblement son grand corps perclus de douleurs diffuses, qui protestait énergiquement contre le froid humide et rampant qui s'insinuait de toutes parts. Visiblement engourdi, il souffla dans ses vieilles mains usées, reprit sa bible sous son bras et rejoignit l'allée centrale.

-Je vous conseille d'aller chercher ailleurs un endroit où vous distraire, je crains de ne pas être une très efficace en la matière, ce soir.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Sam 17 Déc 2011 - 16:31

Anja FallElle ne bougea pas d’un pouce alors qu’il se levait et commença à lui tourner le dos pour se retirer probablement. Elle cherchait un moyen de le faire sortir de ses gongs… Il était ennuyant. D’autant plus qu’elle n’avait eu aucune réponse à ses questions…

Qui était le mal poli finalement dans l’histoire ?

Bref, elle finit par trouver un moyen de le faire réagir sans pour autant s’approcher de trop près de ce qui pourrait la blesser et donc de montrer sa réelle nature. Alors qu’il lui tournait le dos, elle se déplaça rapidement vers des cierges allumés par les croyants en quelques secondes. Elle finit par dire à voix haute.

- Qu’est ce que cela provoquerait si j’éteignais ses bougies ?

Elle attendit quelques secondes avant d’en éteindre une première en étouffant la flamme de ses doigts. Bien entendu, le feu n’était pas un élément qui rendait les vampires de glace cela dit, éteindre une simple bougie n’avait rien de difficile que pour un humain.

- Qu’est-ce que cette flamme pouvait bien représentée pour une de vos brebis ? Une pensée à un être proche ? Une prière pour le bien-être d’une personne encore vivante ?

Elle finit par tourner un regard d’une intensité perturbante et d’une cruauté visible vers le prêtre.

- Franchement pour un homme d’église, vous n’êtes vraiment pas accueillant. Je venais en quête de réponse mais votre impolitesse a fini par me faire changer d’avis… Je veux bien croire que mes manières sont loin d’être cavalières… Cela dit, je n’avais aucune envie de vous nuire… Tant pis pour vous…

Elle souffla une deuxième bougie au hasard.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Dim 18 Déc 2011 - 14:16

Raphaël FilangieriLa femme parla encore, et Raphaël sentit le bouillonnement de son agacement déborder de toutes parts. Qu'avait-il fait au bon Dieu pour se retrouver avec une emmerdeuse pareille sur les bras? Maudites femelles. C'était à se demander ce que le Seigneur avait eu en tête quand il les avait créées.

A ses dernières paroles, il répondit par un rire sonore, glacé, tranchant. Un rire qui ressemblait à un aboiement, rauque et furieux, sauvage, presque, qui courut dans le silence comme la gifle d'une rafale d'hiver.

-Pourquoi vous aurai-je fait bon accueil? Vous n'êtes pas venue ici en paix. Vous n'êtes pas venue ici en quête de réponses. Les questions posées n'étaient que des provocations, ne niez pas, je le sais. Tout ce que vous avez fait depuis que vous avez passé le seuil de cet endroit n'a eu pour but que de vous amuser. Vous ne faites preuve d'aucun respect envers moi-même ou Celui que l'on prie ici, alors pourquoi en monterai-je à votre égard?

La voix du prêtre, ensoleillée par ce fort accent italien qu'il avait toujours, roulait et grondait comme l'orage sous les voûtes silencieuses de l'édifice. Puissante, elle occupait tout l'espace, se déployait dans le silence, et on y sentait couver une menace non dite, celle de la colère qui couvait, qui remuait, obscure et dévorante, qui s'agitait comme un monstre enchaîné, tirait sur ses entraves, brûlait déjà de lui sauter à la gorge.

-Vous n'aviez pas l'intention de nuire?
Reprit-il sur le même ton sévère. Vous l'avez fait depuis le début. Tant pis pour moi et tant pis pour vous, ma fille. Ne m'obligez pas à vous obliger à partir, vous le regretteriez.

Il était toutefois difficile de sous-estimer Raphaël, même lorsqu'il n'était pas en colère. Si grand, si massif, taillé comme un roc, et puis à présent que son visage se crispait en réfrénant sa rage, il semblait irradier une sombre menace, quelque chose de noir, de cruel, quelque chose de sauvage. Oh, le bon berger n'était lui-même pas exempt de tâches, et si la femme lui prêtait un peu d'attention, elle verrait l'anneau de fer qui cerclait son doigt, le symbole de la pénitence, l'indissoluble promesse, l'éternelle repentance jamais acquise.
Gronde, gronde! Tue! Il serra les poings.

-Allez, à présent.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Lun 19 Déc 2011 - 16:55

Anja Fall- Vous avez du respect envers les non croyants peut-être ? Vous me confirmez que non mon cher.

Elle ne voyait pas en quoi elle avait pu autant blesser le prêtre. Effectivement, elle avait fini par se montrer désobligeante mais étant donné qu’il ne semblait pas ouvert à la conversation, il l’avait bien mérité. Il fallait bien que quelqu’un s’occupe de faire comprendre à ces curés de pacotilles qu’il n’y avait pas que leur Dieu et qu’il fallait accepter les gens RÉELLEMENT ce qui n’était jamais le cas et, ici, en était la preuve pour elle.

- Vous ne supportez pas les personnes qui ont une croyance différente que la vôtre. Je trouve stupide de croire en un être impalpable qui, selon vous, est là pour vous protéger ainsi que les gens qui font partis de vos ouailles… Réveillez-vous un peu ! Si je le voulais, vous seriez déjà mort !

Elle lui fit un sourire d’une cruauté sans nom, faisant attention à ne pas laisser apparaître ses canines, et ricana légèrement avant d’éteindre plusieurs autres bougies.

- Si j’étais vraiment venue en ennemie, je n’aurais même pas pris la peine de vous parler…

Quelle idiotie ! Les humains étaient tous pareils ! Pas un pour en attraper un autre ! Pour elle, ils étaient faible quelque soit la carrure, la force. Elle restait une vampire de lignée pure… Elle avait donc une puissance qui dépassait celle des humains, enfin, presque tous les humains. Le souvenir cuisant de cette jeune femme prude lui glaça le sang. Elle la haïssait tellement juste pour lui avoir résisté qu’elle serait capable de vraiment la tuer la prochaine fois. Un grognement sortit de sa gorge de manière assourdie. Elle continuait d’éteindre quelques cierges. Ça la démangeait d’aller lui mettre son point dans la gueule. Les humains restaient tant bloqués sur leurs idées que ça en devenait agaçant…
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Mer 21 Déc 2011 - 21:13

Raphaël FilangieriRaphaël croisa les bras et fit front de toute sa mauvaise foi, masculine, italienne, monolithique. Son air buté trahissait l'absence toute possibilité de discussion sur ce terrain là, et il s'abstint de dire ce qu'il pensait vraiment à savoir que c'étaient les athées qui se trompaient, et pas lui, mais que chacun sa merde, il n'était pas là pour partir en croisade. Il était trop vieux pour ça, et préférait amplement avoir à défendre sa paroisse, ça lui donnait largement assez de travail comme ça.

-Des menaces?
Lança-il en haussant un sourcil.

Sous son regard dur et froid comme une pierre au coeur de l'hiver, il voyait cette femme trop belle, dont la peau noire avait un éclat velouté à la lumière des cierges, qui grondait comme un fauve, qui souriait et parlait, et qui de seconde en seconde ressemblait à une panthère prête à bondir. Ses doigts se refermaient sur les mèches fragiles des bougies, les éteignant une à une. Une prière qui s'envolait, chaque fois, en fumée. Un peu moins de lumière, un peu plus de colère, et les poings massifs du curé qui se crispaient, lentement, se tendaient comme une fronde, parcourus d'une tension presque palpable.

Et elle, le fixait, souriait, un peu. Gracieuse, puissante. Une aura étrange l'entourait, et son regard fixe, magnétique, profond comme un gouffre, avait la couleur de l'ambre sombre et la douceur vénéneuse, tranchante et froide, d'une lame dans un fourreau de soie. Il y avait chez elle aussi une certaine tension, mais c'était celle du corps d'un chat qui se prépare à attaquer, toute en puissance, toute en élégance et en finesse... Dangereuse, et trop belle! Raphaël ne pouvait que la haïr, comme il détestait toutes les trop fières, les trop charmantes. Toutes avaient le sourire de Féderica, et le péché en leur coeur.

Un instant, il se demanda si elle était vraiment bien humaine. Le doute s'accentuait de seconde en seconde. Peut être que oui, peut être que non; en tout cas il y avait quelque chose d'étrange chez elle, sur laquelle il n'arrivait pas à mettre le doigt.
Penser qu'il était peut être face à un vampire ou autre chose ne l'effrayait pas. Il se sentait étrangement calme, face à cette éventualité, et cette sérénité de glace et de fer faisait un contraste incongru avec le feu de sa colère qui enflait peu à peu, se répandait dans ses veines comme un acide, et le pressait d'assouvir sa rage, de l'évacuer, de frapper et tuer pour apaiser cette souffrance intérieure. Ses longs doigts usés se refermèrent sur le chapelet dans sa poche. En théorie, il savait se débarrasser d'une de ces créatures. En pratique, c'était autre chose, mais que l'on ne se trompe pas: être blessé n'était pas du tout une chose qui l'effrayait, lui qui avait sur le dos et les épaules les stigmates de longues pénitences et de mortifications.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 22 Déc 2011 - 11:59

Spoiler:
 

Anja FallElle sourit à la remarque du prêtre mais ne répondit pas à la question. Une autre idée lui passa par la tête, à ce moment précis et son sourire s’élargit. Elle marcha en direction de l’autel à côté duquel une petite armoire ornementée se dressait fièrement. De par son éducation, elle connaissait les rites, les coutumes des diverses cultures et religions. Elle sortit d’une de ses poches des gants qu’elle enfila par précaution. Elle avait envie de s’amuser mais pas de souffrir. Le prêtre avait décidé de ne pas faire ami-ami, elle allait lui montrer ce qu’il en coutait d’emmerder une vampire de sa trempe. Elle monta les quelques marches qui la séparait de son but et ouvrit l’armoire pour découvrir le sacrosaint calice. Elle s’en empara avec délicatesse et le posa sur l’autel.

- Vous les avez achetés où ? Franchement, je suis sûre que ça ferait d’enfer chez moi lors d’un repas entre amis ou familiale.

Une pointe de sarcasme se faisait entendre dans sa voix. Elle regarda le prêtre droit dans les yeux avant de se mordre le poignet, mettant en évidence quelques secondes ses crocs de vampire. Une fois la morsure assez profonde, elle laissa couler une quantité suffisante de son sang à l’intérieur du calice. Un petit rire sortit de sa gorge, légèrement glauque à la simple idée de ce qu’elle comptait faire.

- C’est quoi déjà votre discours à ce moment précis ?

Elle suça le sang en trop sur son poignait pour arrêter la coulée et sortit un mouchoir qu’elle pressa légèrement sur sa plaie qui ne mettrait pas longtemps à se refermer. De ses mains gantées, elle prit le calice.

- Ah oui, je m’en rappelle…

Elle se déplaça rapidement vers lui, sans qu’il n’ait le temps de réagir et lui prit les cheveux, les tirant légèrement en arrière pour qu’il ouvre, par réflexe la bouche et déversa les quelques gouttes qu’elle put dans l’antre béante en disant ces paroles :

- Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés.

Elle relâcha le prêtre et s’éloigna de quelques enjambées en regardant le spectacle. C’était jouissif vraiment. Elle était sûre qu’il allait se jeter sur elle. Ou alors, c’est qu’il avait vraiment beaucoup de patience et de compréhension.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 22 Déc 2011 - 13:45

Raphaël FilangieriRaphaël avait un gros défaut: ça n'était jamais lui qui cédait en premier. Ce type de comportement suffisait parfois à venir à bout des gêneurs, mais pour peu qu'il tombât face à quelqu'un de fermement décidé à lui pourrir l'existence, ça pouvait mener à des épisodes homériques. Un peu comme, par exemple, au moment où la jeune femme osa ouvrir les portes du tabernacle et en sortir le calice qui s'y trouvait.

Elle avait cherché à le provoquer, à le mettre hors de lui? Oh, jusque là, elle avait presque été gentille. Il avait réussi à garder un peu de son calme, à garder en laisse sa colère qui grondait et aboyait contre elle en brûlant de se déverser et de mordre, de tuer. Il avait passé outre l'insolence de ses paroles, s'était contenu, encore, mais elle outrepassa les limites, et il ne put plus rien contrôler. Il fut lui-même surpris par la soudaine violence de ce qui explosa littéralement en lui, alors que, sans même réfléchir à ce qu'il faisait, il s'élançait vers elle, sans trop savoir s'il voulait d'abord l'écarter de l'autel ou bien la frapper. Il fit un peu les deux en même temps, mais il était lent, trop lent, trop engourdi par le froid, par la fatigue et la vieillesse de son corps douloureux. Il vit sans y croire les crocs trop longs mordre la chair du poignet de la femme, trancher la peau sombre, faire couler un sang vermeille et sombre, qui tinta dans le vase sacré, infâme, obscène parodie d'une eucharistie dévoyée.

Raphaël voulut l'empêcher de faire, mais au moment où il arrivait à sa hauteur, elle le saisit par les cheveux en tirant sa tête en arrière. Il poussa un grognement de douleur, tordu par la force surhumaine de cette femme, qui, il commençait enfin à comprendre, n'était vraiment pas humaine. Forcé à se plier en arrière, on entendit le craquement sourd d'une articulation, et il tomba à genoux, alors que le sang coulait sur sa bouche, s'insinuait comme un poison dans sa gorge, glacé, moribond, un sang de mort. La voix de la femme résonna sous les hautes voûtes, claquant comme la mèche d'un fouet, et ses paroles s'enfonçaient dans sa chair comme des aiguillons, tandis qu'il sentait le flot répugnant de son sang submerger sa bouche et son nez, étouffant, envahissant, s'insinuant de toutes parts. L'horreur et la rage obscurcissaient son esprit, et il ne fut plus, un instant, capable de penser à autre chose qu'essayer de respirer, et se défaire de son emprise.

Elle s'éloigna soudain, et il retomba en avant, le dos courbé, le front touchant presque le sol. Des gouttes de sang mort retombaient de sa bouche qui s'ouvrait en vain pour réclamer un peu d'air, haletant, tremblant de rage. Il sentait le liquide glacé, répugnant, couler dans sa gorge, jusque dans son ventre, comme un serpent. Un point pour elle. Le prêtre à genoux, souillé par son sang, grondant comme un fauve blessé, appuyant ses longues mains tachées sur les froides dalles de l'église. Il suffoquait, Raphaël, et le rire de la femme lui fissurait la chair et les os, fissurait sa mémoire trop lourde d'un million de souffrances, rappelait en lui l'écho de la sorcière Féderica, et le sang qui coulait de sa bouche rappelait le sien, qui avait lavé un peu des trop longues peines qu'elle avait causées. Toujours la même source, aux colères du sicilien: toujours la femme, la haïe, toujours le souvenir de celle qui le hantait encore, des années après, celle dont la mort n'avait su le délivrer.

Il essuya sa bouche et son menton ruisselant d'un revers de bras, l'épais tissus de sa chemise s'imprégnant de ce rouge froid, dont il sentait encore l'horrible contact sur sa peau. Il se redressa, peu à peu, péniblement, comme un monolithe noir s'élevant se nulle part, comme une montagne, une avalanche, une colère lente, noire, profonde comme un gouffre, une trompeuse lenteur qui était celle de la bête s'apprêtant à bondir sur sa proie.
Pas un mot, pas un son ne filtrait de sa mâchoire crispée, serrée, comme si la colère l'étouffait, le submergeait et altérait sa raison. Enfin debout sur ses jambes, il avait enroulé son chapelet autour de son poing, la croix reposant sur les phalanges de ses doigts refermés en un poing puissant qui voulut abattre sur le visage de la femme. Il se doutait maintenant qu'elle était un vampire, mais ce qu'il voulait c'était surtout blesser, et il savait que les perles solides du rosaire seraient tout aussi douloureux pour elle que la croix sculptée.

Il ne réfléchissait plus, n'entendait plus, et son esprit lâchait les rennes, lâchait les chiens, se déchaînait et débordait de rage, de feu, distillait dans ses veines comme un acide, douloureux, qui le pressait d'assouvir ce qui le rongeait.
Il frappa, aveuglément, sans prendre gare à ce qu'il faisait, et à ce qui lui arrivait, comme pour s'épuiser, épuiser sa rage, se vider de sa colère. La vengeance? Elle l'avait cherché, après tout. Elle était allée trop loin, et si Raphaël le pouvait, il la tuerait sans hésiter un instant, même s'il savait qu'il finirait par le regretter. On sous-estimait trop les ténèbres qui pouvaient se tapir en lui. Le prêtre n'était pas un ange, loin de là, et son âme damnée par un million de crimes ne pouvait espérer le moindre salut, et ce désespoir profond le rendait tellement dangereux, puisqu'il n'avait plus rien à perdre...

Elle voulait le mettre hors de lui? Elle y était arrivé. Elle avait réveillé les vieux démons, et ils mettraient du temps à s'apaiser...
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 22 Déc 2011 - 16:29

Anja FallElle était ravie de le voir enfin réagir et ses avec des yeux pétillants et malsains qu’elle accueillit le prêtre en simplement évitant ses premiers coups. Elle avait enflammé le calme presque implacable de l’homme d’église. Elle surestimait probablement trop ses adversaire et elle ne vit pas qu’il avait entouré son point du chapelet au bout duquel il y avait une croix.

Stupide pour une vampire me direz vous ? Probablement oui, mais Anja était fière, elle était persuadée d’être invincible face à un humain. C’est pourquoi, pour elle, prendre un coup ne lui faisait pas peur. Le seul détail qu’elle n’avait pas vu était cette espèce de… bijou qui s’écrasa d’ailleurs sur son visage alors qu’elle ne s’attendait pas à tant de violence de la part du prêtre. Il était déchainé et sa colère déferlait tel un ras de marée sur la vampire qui, sous la douleur improbable du coup, trébucha à terre. Elle se prit plusieurs autres coups plutôt bien placés lui laissant des traces de brûlures qui mettraient un certain temps à soigner. Elle s’était légèrement recroquevillée pour protéger ce qui pouvait l’être et finalement, se redressant rapidement, elle fit reculer le prêtre en le poussant sans ménagement.


- Mais c’est qu’il n’est pas content ! Je savais bien que je pourrais obtenir quelque chose de plus palpitant qu’un homme lugubre et imbuvable… Au moins, il y a quelque chose derrière cette carapace !

La joue droite était brûlée par le coup porté et un tic était apparu à cause de la douleur qu’elle tentait de faire taire.

- Mais je ne suis pas sûre que mettre en colère une vampire soit une si bonne idée… Tu m’as peut-être eu pour cette fois, mais crois moi, tu n’auras plus cette occasion.

Elle attendit une réaction, bien plus à l’affût. Elle ne comptait pas le tuer, juste s’amuser. Au pire, le vieillard aurait un membre cassé, mais elle ne le tuerait pas !
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 22 Déc 2011 - 17:18

Raphaël FilangieriRepoussé par la vampire, Raphaël trébucha en arrière, percutant violemment un des lourds bancs de bois usé qui racla le sol avec un bruit sourd. S'il y avait quelque chose sous la carapace? Oh, elle n'avait pas idée... La rage, la plus sauvage et la plus déchaînée, sans entraves, lui donnait une force que n'avait plus son vieux corps usé. Les perles du chapelet et la croix, en se cognant contre le visage et le ventre de la femme, avait entaillé ses doigts et ses articulations, faisant de petits hématomes circulaires sur sa main crispée. Le sang affleurait, souillant de rouge le bois sombre du vieux rosaire, faisant de longues perles qui, glissant sur la petite croix d'argent qui y était suspendue, faisaient pleurer le Christ de larmes de sang.

Il jeta un regard vide à sa main blessée, raffermit sa prise sur le bijou, et répondit à la femme par un rire brusque et sauvage, presque un aboiement.

-C'est moi, qui te met en colère, maintenant?
Ricana-il, secoué par ce rictus sinistre qui jetait dans son regard des éclats furieux. Es-tu donc lâche au point de me provoquer et de n'en pas assumer les conséquences?

Une pause, et il se redressa. De sa main, une goutte de sang tomba jusqu'au sol, claquant dans le silence.

-Etait-ce donc ça que tu cherchais, démoniaque femelle? Tu voulais voir ce qu'il y avait sous la surface? Reprit-il en ramassant le calice qu'elle avait laissé tomber. Tu aurais mieux fait de laisser cela en paix.

Il se rua de nouveau sur elle, s'aidant de la coupe bénie pour la frapper. Il fallait vraiment que le prêtre fut hors de lui pour utiliser un tel objet pour s'en prendre à quelqu'un... Mais quelque chose d'autre que la colère, que ses propres insondables ténèbres remuaient soudain et s'insinuaient dans ses veines. S'il avait eu encore un peu de maîtrise de lui-même, il se serait souvenu des effets que peuvent causer le sang de vampire chez un humain, mais pour l'heure il ne s'en souciait pas. Il ressentait la souillure, le visage encore maculé de ce sang noir de mort, et avec ce regard fou qu'il avait on se serait demandé lequel des deux était le vampire. Il mettait tant de hargne, tant d'obstination à la frapper, partout où il le pouvait, sans se soucier des hématomes qui apparaissaient sur ses poings, sur ses bras, et même au visage lorsqu'elle se défendait.

Et chaque fois, chaque fois qu'il laissait libre court à la colère qui le hantait, il se souvenait. Un funeste jour, où une fois de trop on l'avait nargué, et le sourire de Féderica avait scellé sa fin.
Alors, il l'avait tuée. Elle ne s'était pas défendue, surprise qu'elle avait été de se voir attaquée par cet homme brisé, sans vie, sans énergie, qu'elle avait en face d'elle. Surprise, aussi, de voir le fantôme qu'était devenu son beau-fils faire montre de la moindre agressivité, lui qui n'avait été, depuis la mort d'Angelina, que l'ombre de lui-même, marqué par le deuil, jusqu'à l'os. Il l'avait tuée, et il avait tant aimé ce moment, si douloureux et si heureux, quand il avait serré ses mains autour de son cou, qu'il avait vu le sang couler de ses plaies, qu'il avait vu la vie la quitter, peu à peu, lentement, si doucement, qu'elle avait eu le temps de se sentir partir, sans rien pouvoir y faire, se débattant faiblement entre ses doigts... Il avait ri, il avait pleuré, à jamais souillé par le sang de celle qui avait ravagé sa vie. Et depuis, chaque fois, chaque fois le souvenir revenait, un jour teinté de rouge, un jour de mort et de joie, et de damnation.

Oh, Angelina. Oh, mon Dieu. Je sais que votre pardon m'est à jamais hors de portée. Je sais que mes crimes pèseront sur moi jusqu'à la fin des temps, et que nul juge ne pourra jamais absoudre ce que j'ai fait.
Je n'ai plus rien à perdre, alors pourquoi me soucierai-je de vous? Oh, Seigneur, je fais don de moi, de ce qu'il en reste, pour qu'à la toute fin il ne me reste plus rien. Plus rien.

Plus rien.

La vampire pouvait-elle sentir? Dans sa colère, la souffrance, dans la souffrance, le désespoir. Elle avait voulu voir sous la surface? Mais il n'y avait rien, là! Rien que la dévastation, un cimetière, une étendue de vide et de destruction, et les ténèbres les plus profonde, la noirceur la plus intense. Rien, rien d'autre. Rien que le vide, et les larmes taries depuis longtemps. Elle n'avait plus qu'à s'en repaître, puisque c'était ça, qu'elle voulait.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Jeu 22 Déc 2011 - 18:09

Anja FallC’était amusant ! Bon d’accord, les brûlures l’étaient moins mais quand même. Le voir avec tant de hargne, tant de colère. A croire que c’était enfoui depuis des millénaires.

Une odeur commença à lui chatouiller les narines… Elle fixa les quelques gouttes qui tombèrent au sol presque hypnothisée par leur senteur. Ça n’était pas une odeur irrésistible pour elle mais, l’idée de boire un petit coup pourrait l’arranger pour aider la cicatrisation de ses diverses plaies.

Elle n’eut pas vraiment le temps d’y réfléchir plus longtemps puisque le prêtre, brandissant le calice, se jetait de nouveau sur elle. Malheureusement, ou heureusement, pour lui, elle avait repris complètement possession d’elle-même. Lorsqu’il brandit le verre sacré, elle para avec force, stoppant le geste net.


- Quel rage mon père ! A croire qu’elle était enfouie très profondément.

Elle prit des mains le calice pour le jeter loin d’eux et tordit le poignet de Raphaël du même coup.

- C’est pas beau de vouloir tuer quelqu’un !

Elle sourit, ses canines bien en évidence.

- Bref… Vous allez vous faire mal à force. Il est temps d’arrêter là cette rencontre… Mais qui sait… peut-être aurais-je l’envie de vous revoir.

Tenant toujours son poignet en main, elle mordit à pleines dents pour s’abreuver de quelques gorgées, juste assez pour se guérir mais pas pour le tuer. De plus, le fait d’avoir le sang d’anja dans ses veines allait aider à la guérison, elle ne s’en inquiétait pas.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Dim 25 Déc 2011 - 14:44

Raphaël FilangieriRaphaël sembla revenir à lui quand elle lui tordit le poignet, l'obligeant une nouvelle fois à se plier, jusqu'à ce qu'il pose un genoux par terre, ne pouvant se défaire de l'étau de sa main glacée. Le vase sacré résonna avec force sur les dalles, jeté là comme un objet de pacotille, encore souillé du sang noir de la vampire.
Echec et mat. Dans le regard de Raphaël grondait l'orage, son visage figé dans un masque de furie que l'on devinait être celle de l'animal blessé qui n'a plus que sa colère pour apaiser sa souffrance, et qui s'en prend à tous ceux qui s'approchent de lui. Elle n'aurait pas dû, non, elle n'aurait pas dû... Un râle filtra de ses dents serrées quand il sentit sa morsure, et le sang couler de la plaie, aspirée par cette bouche froide comme la mort qui prenait sa vie, ou plutôt ce qu'il en restait. La sensation était désagréable et douloureuse, mais cessa rapidement. Si elle avait voulu le tuer, elle n'aurait pas mordu là, pas dans les veines épaisses et molles qui couraient juste sous la peau, il y avait tant d'autres moyens de le saigner à blanc plus facilement.

-Reviens donc, je saurais t'accueillir, grogna-il dans un feulement d'animal blessé.

Oh, que oui... Il lui ferait regretter de ne pas l'avoir achevé sur place et de l'avoir laissé vivre, il lui ferait regretter d'avoir déchaîné ses démons intérieurs alors qu'il n'aspirait plus qu'à la paix.

-J'espère que tu t'es bien amusée, lâcha-il dans un rire amer. J'espère que je t'ai bien divertie, diablesse!

Il y avait assez de souffrances et d'horreur dans son cœur pour la faire crever de rire ad vitam eternam, il n'y avait qu'à creuser un peu, pour voir affleurer la noirceur, épaisse, profonde, qui l'imprégnait tout entier, qui, au bout de toutes ces années, faisait partie intégrante de lui-même. Oh, elle avait de quoi se distraire, oui! Raphaël n'était plus qu'une façade, car derrière, il n'y avait plus que le néant. Si elle voulait se repaître de la douleur d'un homme, il y avait de quoi, avec lui.

Il serra le poing qu'elle tenait, celui dont les phalanges s'étaient écorchées sur les perles du chapelet tombé à terre. Il serra le poing et les plaies s'ouvrirent, suintant un sang tiède qui coula sur sa main à elle, en longues trainées rouges, comme pour lui montrer que la douleur physique ne l'atteignait pas. Plus maintenant, non, il avait tant souffert, déjà... Le sang coulait de sa main, ses écorchures, ses hématomes comme les stigmates du martyr. S'infliger la douleur, pour remplacer l'autre, l'insupportable, la souffrance intérieure. A côté de ce qu'il devait supporter au quotidien, les affres de son corps n'étaient rien.
Son regard soutenait celui de la vampire, dur, farouche, enragé. Pourtant un étrange calme semblait s'y faire, et même si à nouveau il était à genoux devant elle, même si c'était elle qui l'avait sous son emprise, il ne cédait pas. Un défi, dans ses yeux de fer, dans le pli dur de ses traits usés par trop d'années de long deuil et d'isolement. Lui qui avait déjà tant vécu ne pouvait plus être brisé d'avantage, que restait-il à piétiner? Il n'avait plus rien à perdre, sinon sa foi, et cela rien ne pourrait la lui enlever, il lui faudrait l'arracher de sa propre chair, l'arracher de ses os et de sa moelle.
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Mer 28 Déc 2011 - 15:28

Anja FallElle décida de ne pas plus enfoncée le clou concernant le prêtre. Elle était presque admirative par sa ténacité qu'elle trouvait, cela dit, toujours aussi stupide mais étonnant. Elle devinait que cette force de caractère devait venir de quelque part mais elle n'était pas devin et ne pouvait donc pas en deviner l'origine exacte, seulement en imaginer les causes. Cela dit, elle avait autre chose à faire que cela et ne voulait pas s'embêter à réfléchir dessus.

Elle lâcha l'homme d'église et commença à s'éloigner d'un pas alerte, passant sa langue sur ses lèvres rouge de sang. Elle passa aussi ses mains gantées dessus pour essuyer ce qu'il en restait.


- Vous êtes délicieux en tout cas.

Ce fut la dernière parole qu'elle prononça avant de passer la grande porte. Elle sortit dans le froid, ravie d'avoir pu s'amuser quelque peu, même si cela avait été quelque peu douloureux pour elle. Maintenant, elle devait s'occuper de sa petite humaine, ou en tout cas, d'en parler à Jaro et voir ce qu'il comptait faire.

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MessageSujet: Sweet, sweet little things   Ven 24 Aoû 2012 - 11:50



Grace BroderickLa bouteille cachée dans son sac à main lui donnait l'impression d'irradier. Il n'y avait qu'une autre dévote, assise sur l'une des premières rangées de bancs de bois dur, mais Grace avait l'impression que si elle tournait la tête et la regardait dans les yeux, la femme saurait immédiatement à quel point elle était corrompue par la boisson.

C'était idiot pourtant, jamais elle ne se serait doutée qu'elle reviendrait un jour dans une église. Des souvenirs flous émergeaient, lorsqu'elle voyait le Jésus crucifié, là, sur le mur. Une statue semblable occupait une place royale à Millburn, là où elle avait grandi. Lorsqu'elle y pensait, lui venaient des impressions de grande colère, une terreur diffuse et un sentiment de trahison qui ne s'expliquait pas. Jamais elle n'avait été à l'église avec ses parents. Ils étaient pieux pourtant, mais il lui semblait que c'était à cause d'elle qu'ils avaient renoncé à leurs sorties dominicales. Une fois, une seule lorsqu'elle était gosse, Grace avait fait face à un prêtre. Et c'est ce souvenir qui la terrorisait, semblait-il. Que s'était-il passé ? C'était un mystère.

Bien des années plus tard, elle avait poussé la porte de Notre-Dame, un jour libre pendant son internat, à Paris. C'était sur l'insistance du gars qu'elle fréquentait à l'époque, un "artiste", qui l'avait invitée à venir le rejoindre alors qu'il en croquait le parvis. Cette impression d'être écrasée dans l'ombre du monumental édifice l'avait marquée très fortement. Les dessins du gars - Yan ? ça devait être ça, ou Yoan, peut-être - ne rendaient pas vraiment hommage à l'édifice.

Mais là, rien à voir avec cette expérience. L'église de Galway ne payait pas de mine. Enfin, du moins le trouvait-elle, mais Grace n'avait pas énormément de points de comparaison. La porte était grande ouverte sur un intérieur plutôt sombre, à cette heure avancée de la soirée. Si elle avait été fermée, sans doute l'infirmière serait-elle encore une fois passée à côté... Mais elle avait arrêté sa voiture sur le parking en face et avait hésité pendant une moitié de tour de la grande aiguille de sa montre avant de se décider à entrer. L'itinéraire maison-travail la faisait passer devant à chaque fois. Chaque fois la double porte imposante était fermée. Chaque fois elle se demandait si, puisque les mythes de son enfance avaient trouvé réalité dans cette ville, cette église et une quelconque foi la protégeraient.

Mais rien. Cela faisait un bon moment qu'elle était assise dans cette pénombre éclairée de quelques minces éclats de bougies, allumées par les fidèles aux pieds du saint du lieu, et il ne s'était rien passé de magique, comme elle s'y attendait. Mais malgré tout, un amer sentiment de déception l'envahissait. Pas d'apparition divine lui tendant les mains pour lui dire "tu es protégééééée, mon enfaaaant !", même pas un prêtre visible dans les parages pour lui demander si, comme dans les mythes, les créatures de Galway étaient menacées par les croix et les prières en latin.

- Mettrais pas un rond dans leur tirelire.

Elle se releva, frigorifiée, s'apprêtant à se tirer. C'est qu'elle mourrait de faim, Grace, et ne s'en était même pas rendu compte avant.
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Kelly
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Ven 24 Aoû 2012 - 15:47

Il y avait des jours où elle y pensait, d'autres qui la noyaient dans l'obsession. Mais comme les questionnements existentiels sur le sens de la vie et la jauge de ce que le commun des mortels consent à considérer comme étant le bonheur n'avait prise sur elle, ses troubles passagers n'étaient d'aucune menace, pas plus qu'ils ne constituaient une aide ou un moteur dans sa vie. Et pourtant...

Et pourtant Kelly se souvenait de cette sensation, lorsque, penché sur le chevet improvisé du désespoir, elle avait délicatement remit en place une mèche de l'infirmière et avec voulut lui susurrer des maux d'amour, dormir dans ses bras réconfortants. Rien de tout cela n'était arrivé, et c'était bien pourquoi Grace était toujours en vie. Mais l'esprit de la petite était malade, malade de naissance, aussi laissa t-il germer l'idée d'une union platonique, ou d'une réunion plutôt ; complexe d'Electre épuré en quelque sorte. Cela dit, elle ne voulait pas seulement que la femme entre dans sa vie, elle voulait qu'elle entre dans son monde, sa sphère morale (ou plutôt amorale) et se place sous le même prisme de pensée : pensée débarrassé de toute obligation sociale, que l'Homme - selon Pistache - s'inflige inutilement. Elle voulait entraîner Grace dans un retour au prime animal, aux racine impérieuses de la viande.

Mais, elle savait de part sa grande connaissance de l'esprit humain, esprit rigide et bien ancré, que ce chemin serait long et fastidieux, qu'elle aurait à déployer des moyens de grande échelle et à faire beaucoup de mal. Plusieurs mois après avoir envoyé cette lettre, elle se décida enfin. Pourquoi n'avait-elle pas détruit cet immeuble le 05 mars, comme elle l'avait promit ? Le fait d'avoir promit n'entrait pas une seule seconde en ligne de compte dans la réflexion, une promesse n'avait aucune valeur pour elle. Mais lorsqu'elle voulait faire quelque chose, elle le faisait. A moins qu'un cas de force majeur ne l'en empêche. Et elle ne fut pas embarrassé d'opposition technique. Alors pourquoi ? Bien qu'elle ne se posait pas la question - puisque, ainsi qu'il a été dit plus haut, se genre de question n'avaient pas cours sur sa personne - celle-ci était importante. Pourquoi Kelly n'était-elle pas passé à l'acte ? Était-ce pour Grace ? Redoutait-elle de lui faire du mal ? Avait-elle des doutes sur la nature de son plan ? Sa rencontre avec l'infirmière avait-elle laissé son empreinte indélébile et par la même une germe de conscience ? La réponse la plus logique aurait été qu'au fond d'elle, Kelly redoutait ce pouvoir qui, lui seul, était à même de l'ébranler au plus profond de son être. Mais il lui avait permit de ressentir une espèce d'amour pour la jeune femme. Ainsi Kelly désirait-elle et craignait-elle simultanément leur union.
Pour le pire et pour le pire.

Alors, comme cela se devait d'arriver, un jour, elle s'était soudainement décidé. Pistache, tu vas aller retrouver ta maman ! Elle n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait empiriquement signifier le terme 'maman'. Elle n'en avait qu'une connaissance socio-anthropologique. Mais elle estimait que ce qu'elle avait ressentit pour Grace se rapprochait le plus de ce que tout le monde considérait comme correspondant, non à 'mère' mais à 'maman' (ce qui n'est pas tout à fait pareil) et justifiait son emplois. Bref, elle s'était décider à mettre en œuvre son plan.



Partie I - Anéantissement.
Kelly observait Grace dans sa chambre d'hôtel. Bien peu de personnes pensaient à fermer ses volets, bien peu de personnes étaient espionnés par une lycanthrope sociopathe cela étant. Elle avait depuis bien longtemps rentabilisé le prix des jumelles, surtout si l'on prenait en compte le fait qu'elle ne les avait pas achetés mais récupérés sur un cadavre, qui était de son fait par ailleurs. L'heure approchait, elle allait, d'une minute à l'autre, se rendre à son travail.

Cela faisait déjà une bonne semaine qu'elle l'observait. Elle avait passer une partie du moins à se concentrer sur le cas James Matthew, le professeur bien étrange qui avait accaparé toute sa curiosité, mais - lassé - avait voulut changer d'occupation d'un jour à l'autre, comme si ce qu'elle avait fait n'avait la moindre forme d'importance. Elle changeait comme le vent. Pendant la journée, Grace eut les heures longues semblait-il, tout du moins c'est ce que n'importe qui d'autre aurait pensé. Il ne s'était pas passé grand chose et elle était resté presque constamment à son bureau. Pourquoi se sentait-elle désolé pour elle ?

Partant à l'avance pour être posté à son poste d'observation lorsque Grace rentrerait chez elle, Kelly avait prit le bus n°512, qui passait par Docks street et longeait Seamus Quake road. Elle était étonné de n'avoir pas vu sa voiture la dépasser, comme d'habitude tout les jours de cette semaine et mit ça sur le compte du hasard, qui voulait qu'à un moment très court, le bus prenait un embranchement vers une voie qui lui était réservé et faisait un détour par Newcastle Park, hors de vue des voitures.

Son inquiétude crut environ un quart d'heure plus tard lorsqu'elle ne vit toujours pas rentrer son objectif. Elle avait observé la route et le trafic était pourtant très fluide. Un accident de dernière minute ? Son plan était compromit si elle ne pouvait pas observer Grace quand elle l'appellerait et le minuteur de la bombe se montrerait intransigeant pour sa part. Elle décida de prendre le chemin en sens inverse. Sur la route, elle ne vit toujours rien. son esprit s'alarmait.

C'est alors qu'elle la vit. Non pas Grace, mais sa voiture. Un bref coup d’œil lui avait permit d'identifier la plaque d'immatriculation facilement, mais elle reconnaissait de toute façon la disposition intérieure et les petites tâches, défauts etc. Qui faisaient de son véhicule un objet unique. Elle descendit à l'arrêt suivant et, comme si elle était en retard à un rendez vous important, elle courut vers Nun's Island. Comme la voiture était toujours là, elle se calma et reprit son souffle. Elle avait spécialement laissé une marge sur les compteurs de gaz en prévision de ce genre d'incident mais il ne faudrait pas trop trainer. Ça serait dommage d'abattre tout ses jokers pour un simple détour dans une église.

D'ailleurs, elle était plutôt surprise que Grace s'en fut allé dans une église. A dire vrai, elle n'y croyait pas trop et pensait qu'elle s'y était garé par manque de place. Dans tout les cas, elle ne devrait pas être trop loin. De toute façon, même si elle n'était pas à l'hôtel, elle savait comment faire pour se trouver à son poste d'observation devant l'immeuble avant l'infirmière. Elle espérait juste qu'elle avait laissé allumé son portable. Elle ne l'avait pas vu l'éteindre au cours de toute la journée, mais elle pouvait se montrer parfois tellement imprévisible !

Tout en appuyant sur la touche d'appel dans sa poche, piochant directement dans son répertoire, elle vit sortir la jeune femme... De l'église ! Elle était juste en face d'elle, de l'autre côté de la Corrib ; et lorsque celle-ci releva la tête, leurs regards se croisèrent. Kelly portait petit chapeau en osier qui cachait presque son oreillette. Elle était au naturel et portait une robe en soie blanche qui s'arrêtait aux genoux. Son expression semblait triste. L'instant d'après, un bus passa sur Bridge street et elle avait disparut*.

Le portable de Grace sonna.


* Quoi ? Comment ça, ça fait cliché ? Vous avez jamais vu La Pistache Dans La Peau ?

_________________
Un crayon Titi ça donne du courage, tu t'sens moins seul, ça t'donne envie d'tous les niquer une bonne fois pour toute. Ça t'donne envie d'les trainer dans la boue, à base de crayon Titi !
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MessageSujet: Re: Eglise Saint-Loup de Troyes   Ven 31 Aoû 2012 - 20:18

Grace BroderickLes marches devant le bâtiment rustique donnaient sur un parking, à côté duquel passait une voie suffisamment fréquentée en cette fin de journée que pour se perdre dans la foule sans en être pour autant submergé. Alors que Grace fouillait négligemment dans son sac à la recherche de ses clefs de voiture, une intuition lui fit lever le nez.

Qui a déjà eu les oreilles qui sifflent connait bien le vieux adage disant que, lorsque cela arrive, c'est que quelqu'un doit parler ou penser à vous. Si ça siffle dans l'oreille droite, c'est en bien, dans la gauche, en mal. Ou inverse. Peut-être. Pourtant, cette dernière semaine, si l'infirmière avait eu connaissance de la surveillance rapprochée dont elle était l'objet, sans doute se serait-elle étonnée de ne pas voir de criquet élire domicile dans un de ses lobes ou l'autre.

Sans doute était-ce le hasard, ou bien la force des battements de coeur de Pistache à l'imminence du contact avec "Maman", qui l'avait interpellée. Peut-être était-ce une mouche qui lui voletait devant le visage et qu'elle avait l'intention de chasser. Dans tous les cas, malgré le contact visuel, Grace ne percuta pas. Il n'y a que dans les films que les gens disparaissent derrière un autobus, que dans les séries qu'au premier regard, une mère reconnait son enfant où qu'il soit, même après une vingtaine d'années et quatre chirurgies plastiques. Entre nous, l'instinct maternel et le feeling quasi surnaturel de la mère, c'est des foutaises. Du moins, Grace en était-elle persuadée.

Aussi, le temps que l'information remonte à son cerveau et qu'un germe de compréhension s'installe, la sonnerie de son téléphone rompit le charme et c'est d'un geste sûr et inquiet que l'infirmière décrocha le cellulaire à rabbat d'un autre âge ; personne ne l'appelait jamais. Pas en dehors du travail, à bien y réfléchir, et si c'était le travail qui la rappelait après une journée chargée, c'est qu'il devait y avoir quelque chose de grave et un manque de personnel assez embêtant.

- J'arrive, que se passe-t-il ?


La voilà qui s'installait derrière son volant, la clé au contact, jetant son sac sur le siège passager entre quelques vestiges d'enveloppes, des capsules, un vieux porte-clés et un pantalon usé.
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